samedi 19 novembre 2016

Choc n°29














 

Choc (1re série) est une revue de l'éditeur Arédit/Artima dans la collection Récit Complet.
100 numéros d'octobre 1959 à janvier 1965. La revue débute en récit complet (format 17 x 23 cm pour 36 pages) pour les six premiers numéros. À partir du N°7 (avril 1960) jusqu'au numéro 25, elle passe au format super-digest (11,5 x 17,5 cm) avant de passer en 13 x 18 cm plus classique du numéro 26 jusqu'à la fin. Parution de sept numéros spéciaux en 1964 et 1965. 19 recueils.
Récits de guerre dont notamment "Le Tank Hanté" de Bob Kanigher ou Sergent Rock d'origine DC Comics.




Choc - 029








La Bataille de Diên-Biên-Phù dans le Livre d'Or de la LÉGION ÉTRANGÈRE

A la fin d’octobre 1953, le Vietminh renonce à lancer une offensive générale sur le Delta, son action ayant été prévenue par nos multiples opérations. Il prépare une attaque puissante sur le Nord du Laos dont il peut penser qu'elle le conduira, sans trop de pertes, vers Luang-Prabang, la capitale du Royaume et, plus tard, sur les confins du Siam.

Or la France a signé, le 28 octobre 1953, un traité avec le Laos et s'est engagée à défendre ce pays dont la fidélité a été constante. Elle ne saurait l'abandonner devant la grave menace qui se précise. La décision est prise de barrer la route au Vietminh en l'obligeant à livrer bataille au point de passage obligé de Dien-Bien-Phu.

Un vaste camp retranché est créé, dont la garnison comptera bientôt 12 Bataillons, des chars, de l'artillerie, un matériel considérable. Tout y a été transporté par avion à partir d'Hanoï, distant de plus de 200 kilomètres.

Les premières semaines sont consacrées à la construction des ouvrages à la pose du réseau de barbelés tandis que des reconnaissances recherchent le contact avec l'ennemi.
Le 13 décembre, le 1er B.E.P. est violemment pris à partie au cours d'une de ses patrouilles quotidiennes.

Le 11 janvier, le harcèlement commence. Le Vietminh a réussi à rassembler une artillerie nombreuse et en particulier une D. C. A. efficace qu'il a acheminée à pied d'œuvre, en dépit des coupures faites par notre aviation sur ses pistes. 



























Il a mobilisé à cet effet des coolies par dizaines de mille et leur a fait emprunter avec leurs fardeaux des sentiers invisibles d'avion.



























Les fantassins Vietminh sont très actifs mais ils évitent l'accrochage. En tâtant constamment nos positions, ils y entretiennent la tension. Nos patrouilles vont jusqu’au cercle de collines qui bordent la cuvette sans rencontrer de résistance sérieuse.
Au début de mars, les nôtres voient, avec surprise, apparaître les premières tranchées creusées la nuit par l'ennemi.

Le 13 mars, c'est l'attaque, ouverte par une intense préparation d'artillerie et de mortiers.

























A 7 h 50 le Colonel GAUCHER est tué par l'explosion d'un obus frappant son P. C. de plein fouet. La 13ème D.B.L.E. perd son chef, ancien du Maroc et du Tonkin, qui fit avec le 5ème Étranger la retraite de Chine en 1945. A la tête de sa compagnie, il s'était battu contre les Japonais, dans ce même Diên Biên Phù où il trouvait une mort héroïque.
Tous les centres de résistance ont été éprouvés par ce bombardement précis, le P. C. de notre artillerie a plus particulièrement souffert. A la tombée de la nuit, quand nos hommes achèvent de remettre tant bien que mal en état leurs emplacements de combat, deux Régiments d'infanterie ennemie partent à l'assaut du C. R. Béatrice, défendu par le 3ème Bataillon de la 13ème D.B.L.E.

Insensibles aux pertes, les vagues se succèdent sans relâche. Les légionnaires tiennent les assaillants en échec de 20 h 30 à minuit quinze. Le chef de Bataillon PIGOT est tué au milieu de 20 de ses officiers et légionnaires. Un dernier carré s'arc-boute dans ses abris défoncés. Il est bientôt submergé. Béatrice n'est plus et le III/ 13ème D.B.L.E. y a perdu 6 officiers tués, 1 officier blessé, 325 gradés et Légionnaires tués, blessés ou disparus.























Le 25 mars, c'est le Centre de Résistance Gabrielle qui est soumis à la même méthode de pilonnage, puis de submersion. Le 1er B.E.P. attaque de flanc les Vietminh qui s'apprêtent à coiffer le Centre de résistance. Au prix de fortes pertes, il donne un répit à la garnison qui succombe à l'aube. Aucun terme mieux que submersion ne dépeint plus exactement la manœuvre des Viêt Minh, avançant par vagues pressées, que nos rafales couchent, mais derrière, une autre vague avance et si elle s'affaisse sous nos coups, une autre suit, jusqu'à ce que l'ouvrage soit littéralement envahi par tant de soldats que le combat n'y est plus possible.

La compagnie de mortiers lourds des paras de la Légion s'emploie au profit des ouvrages menacés. Elle est repérée par les artilleurs Vietminh qui par une salve d'obus lui détruisent trois pièces de 120 et leurs servants.


























Nos reconnaissances aériennes signalent l'extension rapide d'un réseau de tranchées, adroitement dessiné pour amener l'ennemi à proximité de nos positions. Chaque jour, sous la protection des blindés, nos fantassins tentent de réduire l'extension de cette sorte de cancer qui dégrade rapidement les avancées de nos positions. 

Chaque jour aussi, des liaisons sont faites entre le P. C. central et Isabelle, au prix de difficultés grandissantes. Le Vietminh a reçu des renforts. L'aide chinoise a accru sa puissance de feu. De notre côté, les unités resserrent leur dispositif, consolident leurs positions qui s'écroulent sous les obus. Nos pertes sont lourdes.
Les évacuations par avions et hélicoptères sont autant de tours de force, qui exigent des pilotes, outre le courage, une véritable acrobatie aérienne.



Quand, le 23 mars, la garnison de Dien-Bien-Phu lance une attaque générale sur les positions de l'artillerie et de la D.C.A. ennemie, il y a de l'enthousiasme dans les Bataillons de Légion, qui abordent les batteries à la baïonnette. Et l'on commente, le soir, dans les abris, les 400 ou 500 morts, ce millier de blessés ennemis, dont les nôtres ont pu faire le compte, au cours de l'opération de va-et-vient, sur plus de 2 kilomètres de profondeur.













































Le 25, le P. R. Éliane, attaqué par deux Bataillons Vietminh après une intense préparation d'artillerie, changera six fois de main avant que les légionnaires n'en rejettent l'adversaire. Celui-ci reviendra à la charge le soir du 31 mars, avec son habituel mépris de vies humaines et il parviendra à conserver une partie de l'ouvrage.
Dans la nuit du 11 au 12 avril, le 2ème B.E.P., jusque-là gardé en réserve, est largué sur Dien-Bien-Phu. La réaction Vietminh, immédiate et efficace, lui causera des pertes tandis qu'il cherche à s'implanter. L'arrivée, de ce renfort de légionnaires dont la réputation est bien établie causera aux nôtres une de leurs dernières joies.

Du 16 au 18, des avions larguent les volontaires, et parmi eux nombreux sont les légionnaires des unités du Tonkin, qui, fièrement, disent aux assiégés dont ils vont partager le destin. Quand le Commandement a demandé des volontaires pour être parachutés, tous les Bataillons de Légion ont répondu : « Bataillon entier Volontaire pour sauter. »



























 Le Vietminh veut en finir avec ce Bataillon qu'il trouve sans cesse devant l'objectif visé par son attaque. Avec des forces nombreuses, il parvient à le bloquer et commence à encercler. Les paras foncent droit devant eux, brisent la ligne ennemie et regagnent la position centrale. Le 1er s'usera dans ces coups de boutoir qui, s'ils causent des pertes à l'ennemi et arrêtent un instant sa progression, le saignent un peu plus. A la chute de Diên-Biên-Phù, le 1er B.E.P., ayant perdu 576 tués et disparus, aura renouvelé son sacrifice de 1950 sur la route de Cao-Bang .Depuis le 20 avril, il pleut sur la cuvette de Diên-Biên-Phù où l'eau s'accumule et monte. C'est la pluie implacable de la mousson dans sa régularité annuelle. Mais qui, à la création du camp retranché, pouvait imaginer la durée du siège ? Que l'on imagine ces points d'appui, ces centres de résistance minés par les eaux tandis que grandit le tonnerre de la préparation d'artillerie. Le coup de grâce est proche.
Le Viêt-Minh s'est encore renforcé en troupes fraîches, au nombre desquelles on compte ces escouades de la mort qui, chargées d’explosifs, se feront sauter sur les défenses de nos abris.
L'assaut final commence le 6 mai sur toute la périphérie du réduit. Isabelle, isolée au Sud de la position, est aveuglée par un tir continu d'artillerie détruit ses pièces, écrase ses blockhaus, comble ses tranchées. Un peu après minuit, Éliane est tombée. Le Colonel LALANDE, chef du 3ème Étranger, qui tient Isabelle avec le 3ème Bataillon de son Régiment demandera l'autorisation de tenter une sortie, qui lui est accordée.





























A 19 heures, le matériel encore utilisable est incendié. 

























A 20 heures, ce qui reste du Bataillon, Colonel en tête, se jette sur les lignes ennemies, direction plein Sud. Sous le choc, les éléments avancés du Vietminh plient. Comme un soc, la phalange légionnaire taille et creuse droit devant elle.
Un drapeau rouge à étoile d"or est planté sur le PC français. La bataille de Dien Bien Phu est terminée





















Elle n'ira pas loin. D'inépuisables réserves ennemies sont là qui colmatent la brèche, recouvrent bientôt de leur flot pressé les nôtres que mille et mille bras paralysent.
Quelques isolés, dont le courage est servi par la chance, parviendront seuls à quitter la cuvette sanglante et atteindront au prix d'une fatigue surhumaine nos forces du Laos.



8 mai 1954 : Dien-Bien-Phu n'est plus.











































Entre le 20 novembre 1953 et le 7 mai 1954, les pertes françaises se répartissent ainsi : 1 726 soldats tués. 1 694 portés disparus, 1 161 déserteurs et 5 234 blessés. 56 avions ont été abattus en vol ou touché au sol, et 186 touchés par la DCA, pour 21 tués, 33 disparus et 43 prisonniers. 2 hélicoptères ont été abattus. Les pilotes mercenaires américains ont perdu 3 hommes. Il faut ajouter à cela les pertes des prisonniers. Car sur les 10 863 hommes, dont 3 578 blessés, emmenés en captivité par le vietminh dans des conditions inhumaines - malnutrition, absence de soins et d'hygiène, endoctrinement politique, maltraitances et exécutions sommaires - seuls 3 290 seront rendus aux autorités françaises, soient un total de 7 573 prisonniers décédés.

12 commentaires:

  1. Le devoir de mémoire à nos soldats sacrifiés, merci Lulu !!
    Ne pas oublier aussi Bigeard à Dien-Bien-Phu
    http://www.ina.fr/video/CAF89027096
    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/06/18/01016-20100618ARTFIG00433-marcel-bigeard-la-mort-du-centurion.php
    http://www.fondation-general-bigeard.com/

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    1. Tout le respect d’un belge pour ces héros français.

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  2. Très belle fiche ! Merci Sergeant Lulu ! Un épisode, dramatique, de notre longue histoire militaire. Et il s'agit là de "notre" Vietnam. L'Indo et ses héros tombés pour la France. Après avoir lu(lu) ta fiche, je suis tenté de me (re)faire la 317ème section pour la énième fois ! Merci pour le p'tit format !

    Fana-Mili

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    1. 317ème section film de Pierre Schoendoerffer qui était cinéaste à Dien-Bien Phu. Fait prisonnier il a eu la chance de revenir. Je ne sais pas si j’ai déjà visionné le film mais je vais combler cette lacune. Pour ceux que ça intéresse : http://libertyland.co/films/telecharger/4331-la-317eme-section.html

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    2. Justement le docu INA tiré de Cinq colonnes à la Une (émission TV que les plus vieux d'entre nous connaissent)
      "...PIERRE SCHOENDOERFFER et le colonel MARCEL BIGEARD commentent off, du plateau, un document filmé à DIEN BIEN PHU, où tous deux se trouvaient..."
      http://www.ina.fr/video/CAF89027096

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    3. Merci pour le lien, Lulu ;)
      Je crois bien que comme Fana-Mili je vais le regarder ce soir :)

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    4. Tu en as du bol...moi je vais devoir me taper "danse avec les stars"...à la maison c'est l'Obergruppenführer madame Lulu qui est le chef.

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    5. J'ai résolu le problème, une télé chacun :)

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  3. Citation du jour :
    "Notre vie est comme une balance,
    et le moindre choc la fait pencher." [Ménandre]

    En tout cas, un choc qui s'absorbe sans heurt.
    Merci colonel Dien-Lu

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  4. merci pour ce numéro 29. un petit cadeau en exclusivité pour BDMag Exhumator :) j'ai rescanné le n°28 car il manquait 12 pages !

    http://www40.zippyshare.com/v/3apOSN6Y/file.html

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    1. Merci Baron pour ce très beau scan et pour le partage. Tu remets ça quand tu veux.

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    2. Salut Baron ;)
      Merci beaucoup pour ce superbe et nouvel opus !!

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