lundi 7 novembre 2016

Rapaces n°59














 

RAPACES est une revue de l'éditeur Impéria.
425 numéros de mars 1961 à juin 1986. Format 13 x 18 cm. 68 pages jusqu'au N° 254, puis 132 pages jusqu'à la fin. 75 recueils.
BD de guerre (aviation) utilisant principalement les récits issus de la revue anglaise de poche "Air Ace Picture Library".

Je vous propose Rapaces n°59


Lien: Rapaces - 059









La fin du Tirpitz

Lancement du Tirpitz à Wilhelmshaven le 1er avril 1939.


























Le Tirpitz était le plus grand des cuirassés de la Kriegsmarine pendant la Seconde Guerre mondiale. Navire jumeau du Bismarck et nommé d'après l'amiral de la Première Guerre mondiale Alfred von Tirpitz, il fut terminé dans le chantier naval de Wilhelmshaven, en Allemagne, et fut lancé le 1er avril 1939.


L'armement du bâtiment était composé de huit canons de 380 mm, d'une artillerie secondaire et d'une défense antiaérienne. Les canons de 380 mm étaient appariés en quatre tourelles désignées Anton et Bruno à l'avant, Cæsar et Dora à l'arrière. L'artillerie secondaire comportait douze canons de 150 mm en six tourelles et seize pièces de 105 mm sur affûts doubles auxquelles s'ajoutaient seize canons antiaériens de 37 mm et 80 pièces de 20 mm à tir rapide. Il était doté de deux hydravions de type Arado Ar 196.






























Le Tirpitz ancré dans le Faettenfjord (Trondheim, en Norvège), en février 1942.




























En janvier 1942, le Tirpitz quitta l'Allemagne pour se rendre en Norvège (port d’Altafjord) où il mena de redoutables attaques contre les convois Alliés tentant d'apporter du ravitaillement aux forces Alliées stationnées en Russie. Les marins norvégiens l'appelaient la « Reine solitaire du Nord » dans la mesure où il suffisait à poser une menace constante aux convois Alliés dans la mer de Barents.

L’Angleterre développe ces petits sous-marins pour des missions d’observation, de destruction et de minage. Le sous-marin X-Craft est un sous-marin sans kiosque ni canon. Longueur: 16 mètres - Largeur: 1.80 m - Déplacement Surface/Plongée: 27 tonnes/30 tonnes - Immersion: 90 mètres - Équipage: 4 hommes - Armement: 2 Charges explosives de 2 Tonnes chacune qui doivent être posées sous la coque du navire attaqué.



























Après plusieurs tentatives pour couler le Tirpitz et neutraliser la menace qu'il posait toujours à l'égard des opérations Alliées dans l'Arctique, les Opérations spéciales britanniques lancèrent l'opération Source, mettant cette fois-ci en scène les tout nouveaux sous-marins de poche X-Craft. Suivant un scénario digne d'un film d'Hollywood, les pilotes des sous-marins X-Craft étaient supposés s'approcher sans se faire détecter du port où était ancré le Tirpitz. De là, ils devaient se glisser sous les filets anti-torpilles et attacher des mines au bas de la coque des cuirassés Tirpitz, Scharnhorst et Lutzow.
X-5 à bord du HMS Bonaventure avant l'attaque sur le the Tirpitz.














Vue aérienne du  Altenfjord and Kåfjord, montrant  le Tirpitz et la route approximative prise par le X-5, X-6 et X-7.
























Parmi les six appareils initialement, seuls trois parvinrent assez près pour tenter la mission ; les autres furent perdus en mer ou subirent des avaries techniques. Les trois appareils restants furent repérés par les forces défensives allemandes du port et furent finalement détruites par des coups de feu et des grenades sous-marines, mais ils avaient déjà réussi à poser leurs bombes ! Le Tirpitz subit de lourds dégâts : une déchirure de 18 mètres de long sur la quille côté bâbord fit entrer plus de 1 400 tonnes d'eau, un réservoir de combustible perforé, ses deux hydravions soufflés du pont et détruits par l'explosion, et sa tourelle « Dora » fut disloquée. Cette opération marqua la première tentative réussie d'endommager le Tirpitz ; après elle, les services secrets Alliés commencèrent à planifier une autre stratégie pour le terrasser de manière définitive...

Le 12 novembre 1944, trente-deux bombardiers Lancaster de la RAF quittèrent au petit matin l'Angleterre et arrivèrent au-dessus de la Norvège (Opération Catechism). 






























Tous les avions avaient été modifiés pour accueillir les « Tallboy bombs »  et équipés du « Stabilized Automatic Bomb Sigh » qui leur permettait de viser en altitude avec une très grande précision.

La 12,000 pound "Tall Boy" bomb utilisée pour couler le Tirpitz
























À 9 h 30, les Lancaster grimpèrent jusqu'à une hauteur de bombardement de 14 000 pieds, et se sont ainsi fait repérer par les radars allemands. La chasse allemande à Bardufoss auraient dû être en bonne position pour intervenir, mais ils ne sont pas apparus. Le fait  était que la Luftwaffe n'avait pas été informée que le Tirpitz avait récemment été déplacé à un nouvel emplacement (Tromso, dans la crique de Sorbotn).

Le commandant de l'escadre, Willy Tait, a mené l'attaque:
« C'était une forme noire clairement visible sur les eaux claires du fjord, entourée par les collines couvertes de neige et qui étincelaient sous le soleil de l'Arctique. Un nuage de fumée s'élevait lentement de la cheminée du grand navire. »
« Quand les bombardiers étaient à environ dix milles, la scène paisible changea subitement; le navire a ouvert le feu avec son armement principal et des flots de fumée orange-brun restèrent en suspension puis dérivèrent lentement. »
À 09h41, la première des 29 « Tallboy bombs »  fut lâchée  à partir de 14.000 pieds et elle a accéléré à 750 mph (1.210 km/h), approchant la vitesse du son, pour un dommage maximum à l'impact. Huit minutes plus tard, c'était fini.


 Le Tirpitz fut touché directement à bâbord par trois « Tallboy bombs »  de cinq tonnes chacune. Une grande explosion interne s'ensuivit et la tourelle « C », pesant pourtant plusieurs milliers de tonnes, fut balayée tandis que le navire chavirait. Le cuirassé se retourna si vite que l'équipage présent sur les ponts inférieurs ne put pas sortir. Par conséquent, 912 des 1 700 membres d'équipage qui étaient à bord perdirent la vie, dont le capitaine. La dernière menace navale allemande significative contre les convois arctiques avait finalement été neutralisée de façon concluante.
 
Wing Commander JB Tait, commandant du 617ème  Escadron de la RAF (cinquième à partir de la gauche), debout avec son équipage devant la queue de leur Avro Lancaster B Mark I (spécial), EE146 'KC-D', à Woodhall Spa, Lincolnshire, en revenant de Lossiemouth, le jour après le raid réussi sur le cuirassé allemand Tirpitz à Tromso Fjord, Norvège,































Un Lancaster – caméra piloté par le lieutenant de vaisseau Bruce Buckham DFC RAAF du 463e escadron de la RAAF était le dernier avion sur la scène. Il a volé très bas, malgré les tirs des batteries du rivage qui sont restées en action après que le Tirpitz ait cessé de tirer





























« Nous l’avons survolé, nous l’avons contourné et il était assis là avec dignité sous un énorme champignon de fumée qui montait jusqu'à quelques milliers de pieds dans les airs. »
« Il y avait à bord des feux et des explosions; un énorme trou béant existait sur le flanc du navire côté port où toute une section avait été soufflée. Nous l’avons observé pendant 30 minutes environ et puis nous avons décidé de rentrer et nous nous sommes dirigés vers l’embouchure du fjord. »
« À ce moment-là, le mitrailleur arrière « Flying Officer Eric Giersch » a crié: «Je pense qu'il chavire ». Je suis retourné au port pour jeter un coup d'œil. Cette fois, nous volions à une hauteur de 50 pieds et nous regardâmes la bouche grande ouverte le Tirpitz qui se dirigeait vers le port, toujours gracieusement et avec lenteur. »
Nous pouvions voir des marins allemands nager, plonger, sauter et quand il a chaviré au-dessus de 85°, il s’est lentement enfoncé dans l'eau du Fjord de Tromso. Il devait y avoir dans l’eau environ 60 hommes à ses côtés pendant que nous le survolions pour une dernière passe.
Photographie  tirée lors d’une reconnaissance aérienne par un De Havilland Mosquito PR Mark XVI, NS637, du n ° 544 Squadron RAF, montrant le cuirassé allemand Tirpitz chaviré et couché dans le fjord de Tromsø.


























« C'était là le dernier aperçu que nous avons eu en sortant du fjord et de la mer du Nord. Après un vol de 14 heures, nous avons atterri à Waddington, où l'interrogatoire a été mené par le vice-maréchal de l'Air Sir Ralph Cochrane. Quand on m’a demandé comment il est parti, ma seule remarque a été : Eh bien, nous n'aurons pas à revenir, le Tirpitz est fini. »


9 commentaires:

  1. Cher Lulu, tu es un Aigle !!
    Mille mercis

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  2. L'aiglon te dit merci...restons modeste. L'épave du navire fut découpée et revendue en pièces détachées par une entreprise norvégienne ; cette dernière propose toujours à la vente des fragments du bâtiment qui fut autrefois appelé « la Reine solitaire du Nord » et « la Bête ».

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  3. Du point de vue de l'histoire, je me pose la question pourquoi avoir tenu à bord un équipage complet de 1700 hommes (dont 912 perdirent la vie) sur un navire à l'ancre depuis des mois dans un fjord....prenez vos cahiers et stylos...fin de l'interro pour ce soir minuit.

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  4. Belle évocation de la fin d'un "monstre" en devenir, Sergeant Lulu ! Merci pour le p'tit format et la fiche sans qui ces mêmes petits formats historico-guerriers seraient en quelque sorte vides de sens.

    A propos de la question posée plus haut, les sites (mais surtout les bons bouquins) ne manquent pas. L'explication tient sans doute dans l'épuisement des ressources (le carburant manque) et dans les priorités militaires du moment. Le Tirpitz n'est désormais plus (en 1944) qu'une forteresse immobile, l'équipage est donc surtout constitué d'artilleurs. La bataille de l'Atlantique était perdue, pour les Allemands, depuis longtemps. Le sort de ces marins n'avaient donc que peu d'importance pour les stratèges du Reich rentré dans une longue période d'agonie.

    Fana-Mili

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    1. En décembre 1942, Hitler déclarait: :"La kriegsmarine n'est qu'une pâle imitation de la marine Britannique. Les navires ne sont pas disponibles pour les opérations, ils restent inactifs dans les Fjords, aussi inutiles qu'un tas de vieilles ferrailles..." Par la suite, les grosses unités ne quitteront plus les ports de Norvège, beaucoup d'unités furent retirées du services et détruites. Quand aux sous-marins, près de 1 sur 3 sortira de son port pour ne plus jamais y revenir...

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  5. Toujours aussi rapace de ces moments d'histoire, mon cher Lulu. Merci pour cette belle fiche.

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  6. 3 commentaires pour cette fiche!!!!...il faut que je me repose un peu.

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