mardi 20 décembre 2016

Battler Britton - 060 - 63 - 76














 


 Battler Britton est une revue de l'éditeur Imperia.
471 numéros de juillet 1958 à juin 1986. Format 13 x 18 cm. BD de guerre. 81 recueils. Les recueils suivant sont des reprises de numéros déjà réunis en recueils. Elle comporte 68 pages jusqu'au 300e numéro où elle passe à 132 pages. Sa publication s'arrête au n° 471 de juin 1986.

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Je vous propose les n° 060-063-076




Lien: Battler Britton - 060
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Attention: Les images et textes proviennent des magazines Signal et Der Adler. Ceux-ci s’adressent à un public averti, en effet servant la propagande nazi, les articles parus dans Signal et Der Adler, ne sont évidemment pas le reflet de la vérité, mais ils peuvent être à la base de réflexion et de travaux sur cette période terrible.















Son dernier raid
Camaraderie jusqu’au-delà de la mort
Raconté par Fritz Meichner d’après le rapport d’un combat

Les sous-officiers Lindner et Engmann, mécanicien et radio de bord de leur commandant d’escadrille, le lieutenant G., ont acquis récemment le droit d’ajouter une troisième aile à l’écusson de leur uniforme, et de coudre une étoile sur leurs épaulettes. Leur conduite courageuse et leur esprit de camaraderie leur ont valu la reconnaissance particulière de leur commandeur et du chef de leur flotte. Si on leur demandait quel a été le motif de cet avancement en grade, ils répondraient probablement qu’ils n’ont rien fait d’autre que ce qu’un bon soldat considère comme tout naturel.
Et pourtant, leur acte courageux mérite d’être retenu dans ses détails.

Au cours de nombreux raids antérieurs, ils étaient devenus de bons camarades, le lieutenant et commandant d’escadrille G., le mécanicien de bord Lindner et le radio Engmann. Souvent déjà, ils avaient pris, dans leur stuka, la route au-dessus de la mer, maintes fois ils avaient foncé en vol piqué sur l’objectif prescrit et atteint avec une foudroyante précision les installations militaires de l’île britannique. Ensemble, ils avaient regardé la mort en face.



Et c’est ainsi que, ce soir-là, ils partirent pour un raid de nuit sur l’Angleterre. Ils savaient que l’ennemi s’efforcerait par tous les moyens de les empêcher d’accomplir leur mission, ou de leur rendre tout au moins le retour impossible. Mais ils savaient aussi pouvoir se reposer entièrement l’un sur l’autre, dans les bons comme dans les mauvais moments. Ce que, certes, ils ignoraient, c’était qu’au cours de ce raid, le dernier qu’ils accompliraient ensemble, leur camaraderie serait mise à la plus haute épreuve. Sous eux s’étendait la mer. Autour d’eux régnait l’obscurité, interrompue, çà et là, par les éclairs des projecteurs et l’explosion des obus de DCA.
A chaque minute qui les rapprochait davantage de l’île, les étoiles brillaient d’un éclat plus vif. Ayant reconnu la côte, ils survolèrent des villes, des villages, des champs et des bois. Avec une attention soutenue ils regardaient dans la nuit, dominés par la seule pensée de découvrir leur objectif.

Soudain, ils aperçurent, au-dessous d’eux, un aérodrome. Les bâtiments et hangars se dressaient confusément dans l’obscurité, tandis que les contours du terrain d’atterrissage se découpaient plus nettement. C’était le but! Sans un mot, le mécanicien montra de la main droite dans les profondeurs. Rien ne bougeait encore, là en bas. Les aviateurs avaient donc réussi à surprendre l’adversaire.
« Tout est prêt! » Avec cette courte phrase, le lieutenant G. rompit tout à coup le silence. Il n’avait pas besoin de donner d’autres commandements. Les deux camarades savaient ce qui allait suivre.
L’avion se mit à piquer.
Avec un mugissement strident, il fonça dans la nuit noire à la rencontre de la terre. Les bombes se détachèrent . . . Peu après le redressement, de hautes flammes jaillirent des hangars.Ils attaquèrent pour la seconde fois ... De nouveau, les bombes s’abattirent au plein milieu de la cible. 



























Au moment où ils viraient pour s’éloigner, le radio cria: «Chasseur de nuit derrière nous!» L’instant suivant les mitrailleuses se mirent à crépiter. "Un Armstrong-Whitley!" cria Engmann






















Déjà les balles traçantes de l’adversaire sifflaient en passant à côté d’eux. Le sous-officier Lindner riposta. Des projectiles claquèrent quelque part dans la machine. Une vitre de la cabine vola en éclats. Mais Lindner et Engmann n’avaient pas le temps de s’occuper de ces détails. Toute leur attention se concentrait sur l’ennemi. Le tac-tac-tac de la mitrailleuse se faisait entendre sans interruption.
Deux fois l’adversaire se précipita sur eux.

...A la deuxième attaque, des flammes s'échappèrent de la machine britannique. Elle brûlait! elle s’abattait! dans la nuit noire, elle tomba en flammes vers le sol... 





























Mais l’avion allemand, lui aussi, tournait en spirale au-dessus du point de chute, et se mit lentement à piquer. Les deux sous-officiers sursautèrent. Leur mission était remplie, ils le savaient. Depuis longtemps, leurs bombes avaient porté à l’ennemi des coups meurtriers.
Il devait donc se passer quelque chose d’imprévu. Le sous-officier Lindner se tourna d’un air interrogateur vers le lieutenant. Aussitôt il comprit ce qui était advenu. Toute question était inutile. Sur le manche à balai, le commandant d’escadrille gisait, affaissé sur lui-même. Aucun doute n’était possible. Le commandant avait dû être mortellement atteint avant les coups de la mitrailleuse allemande n’eussent abattu le Britannique.






















L’avion perdait rapidement sa hauteur. Il plongeait déjà dans la brume qui s’étendait au-dessus de la mer. Si les deux survivants de l’équipage ne voulaient pas suivre leur commandant dans la mort, il leur fallait se hâter. Mais ils vivaient encore, et la machine était encore capable de voler.


Le mécanicien de bord se pencha sur la gauche. Devant ses yeux luisaient les lampes de contrôle colorées, les aiguilles vibrantes des instruments. Il connaissait les moteurs de sa machine, il en connaissait les moindres boulons. Mais il n’avait jamais appris à piloter. Et, entre le siège de pilotage et le manche à balai se trouvait son commandant d’escadrille tué.


























Mais il volait pourtant depuis assez longtemps avec son lieutenant pour savoir quelles manœuvres sont nécessaires afin de ramener la machine dans sa position normale. Tandis que l’avion piquait de plus en plus vite vers la terre, il s’efforça désespérément de saisir le levier par-dessus le mort, de tirer hors du siège de pilote le corps du commandant, et de redresser la machine. Cela paraissait presque impossible dans l’obscurité profonde qui régnait; la brume, autour d’eux, se faisait de plus en plus dense. Lindner ne savait même pas combien de temps il lui restait, et si, l’instant suivant, les vagues ne se refermeraient pas sur eux tous, le mort et les deux vivants.
Fallait-il pourtant se croiser les bras? Se résigner? Impossible! Désespérer? Laisser la machine s’abattre sans rien tenter? Non! Il fallait se sauver, et sauver l’avion!

Pendant ce temps, le sous-officier Engmann était assis devant son appareil de T.S.F. Calmement, il lançait des signaux de détresse, relevait la position de la machine et se mettait en communication avec sa base. Il fit part au commandant de groupe de leur décision de ramener à son port d’attache la machine avec la dépouille du lieutenant. Puis, ayant accompli le devoir que son service lui commandait, il quitta sa place.
La lutte acharnée que le sous-officier Lindner avait dû livrer contre le sort avait, entretemps, pris fin. Dieu est toujours avec les braves. C’est ainsi qu’au dernier moment Lindner avait pu saisir le manche à balai par-dessus le corps du lieutenant, et redresser la machine. Grâce à son inébranlable courage, il avait ainsi sauvé deux hommes de la mort qui paraissait certaine, et il réussit même à faire remonter l’avion et à lui faire prendre la direction de son port d’attache.
La machine volait à présent à travers une brume épaisse. Entretemps, les deux sous-officiers s'efforçaient d’extraire de son siège le corps de leur lieutenant, ils y parvinrent enfin en unissant leurs forces. Leurs dures mains de soldats installèrent doucement le pilote et camarade au fond de l’avion.
De combien de raids leur commandant et eux n’étaient- ils pas revenus victorieux? Celui-ci était le dernier. Mais il s’agissait de résister jusqu’à la dernière minute!
Autour d’eux, la brume s’était faite de plus en plus épaisse, impossible de déterminer s’ils se trouvaient encore au-dessus de la mer ou s’ils survolaient déjà la terre. Mais ils devaient bientôt atteindre le continent. Engmann tenta d’entrer en communication avec le port d’attache. En vain.
Le matin vint. La brume se transforma en un épais brouillard. A présent, aucan doute n’était plus possible: ils se trouvaient au-dessus du continent. Mais dans ce brouillard il ne fallait pas songer à atteindre le camp d’aviation, et il était impossible aux deux sous-officiers qui ne savaient pas piloter de tenter un atterrissage. De nouveau ils se concertèrent et résolurent de sauter en parachute et d’abandonner la machine à elle-même. Ce ne fut pas de gaieté de cœur qu’ils prirent cette décision. Car, au fond de l’avion gisait, rigide et muet, leur commandant d’escadrille. Devait-il être fracassé avec la machine, lui qui les avait si souvent ramenés sains et saufs à bon port à travers le feu de l’ennemie? Impossible!
«Le lieutenant aussi porte son parachute!», s’écria soudain le radio de bord. Nous allons faire en sorte qu’il ait une vraie tombe de soldat!» Lindner venait juste d’avoir la même idée. «Transmets à la station de T.S.F. », cria-t-il, «que nous allons faire descendre le lieutenant en parachute avant de sauter nous- mêmes. Nous y arriverons bien! Et ils doivent immédiatement se mettre à sa recherche!»
Entretemps, les deux sous-officiers s'efforçaient d'extraire de son siège le corps
de leur lieutenant. Ils y parvinrent enfin en unissant leurs efforts.
De nouveau les sous-officiers soulevèrent le corps de leur lieutenant et l’installèrent à côté d’eux. Ils lestèrent ensuite la trappe de fond, qui, dans sa chute rapide, disparut sous eux dans le brouillard. Puis ils firent lentement glisser leur commandant à travers l’ouverture et tirèrent la corde de déclenchement de son parachute.
Le mort tomba rapidement pendant les premiers mètres,
puis le parachute se déploya, lentement, le corps du
camarade tué se mit à osciller dans l’air et
s’engloutit peu à peu dans le brouillard.


A ce moment seulement les deux sous-officiers pensèrent à eux-mêmes. Leurs adieux à la machine furent brefs. Mais ils sautèrent sans hâte, plongeant dans le brouillard où leur camarade avait déjà disparu. Leur sens de l’orientation les avait-il trompés? Se trouvaient-ils déjà vraiment au-dessus du continent? Ou bien tous leurs efforts avaient-ils été en pure perte? Ce ne sont pas là des pensées bien agréables lorsqu’on tombe dans le brouillard sans savoir où l’on va atterrir! Ils avaient déjà perdu l’avion de vue depuis longtemps lorsqu’à nombre d’indices et de bruits ils remarquèrent qu’ils avaient réellement atteint leur but: ils se trouvaient au-dessus de la terre.































Dès qu’ils eurent pris pied, ils se cherchèrent mutuellement et ne tardèrent pas à se retrouver. Dans le premier village qu’ils rencontrèrent, ils se mirent en communication avec leur groupe et annoncèrent la manière dont ils avaient ramené la dépouille de leur commandant d’escadrille. Tandis que le groupe envoyait des hommes chargés de rechercher le corps, les deux sous-officiers se mirent en marche vers leur base.
Ces deux sous-officiers ne croyaient pas avoir accompli une action extraordinaire. En réalité, la manière dont ils avaient ramené leur commandant d’escadrille tué était un acte de suprême camaraderie, la preuve d’une fraternité d’armes qui unit étroitement les soldats jusqu’au-delà de la mort. C’est dans ce sens que fut appréciée la conduite des deux hommes. Le commandant de division lui-même les éleva sur le champ au grade d’adjudant. Un honneur particulier devait encore être dévolu à l’adjudant Lindner. Le commandant de la flotte aérienne à laquelle les deux aviateurs appartiennent lui fit remettre, accompagné d’une lettre de félicitations, un livre qui décrit le sous-officier allemand dans toute sa valeur et ses capacités. L’acte des adjudants Lindner et Engmann ne sera pas oublié lorsque, plus tard, on écrira l’histoire du sous-officier allemand dans la guerre de libération de la Grande Allemagne.
Quant au lieutenant et commandant d’escadrille tué, que les deux hommes ramenèrent dans la patrie grâce à leur dévouement personnel, il repose à présent dans une vraie tombe de soldat ainsi que ses camarades l’avaient voulu. Au-dessus du tertre où il dort son dernier sommeil, ont retenti les trois salves par lesquelles les soldats allemands saluent pour la dernière fois leurs camarades morts.

NB: Dans le récit fait par les survivants du raid, j'ai remarqué deux incohérences

  1. le Stuka  ne comporte que deux hommes d'équipage et non trois.
  2. Le chasseur de nuit Armstrong-Whitley est en réalité un bombardier de 12800kg, peut apte à attaquer un adversaire.
Selon l'image dessinée dans le magazine Adler, l'avion ressemble plus à un Dornier 17 avec sa queue spécifique...mais ce dernier comporte un équipage de 4 hommes.

6 commentaires:

  1. Merci Lulu pour ce rab de cette bonne revue d'Imperia.

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  2. Remarquable comme d'habitude, cher Prof Lulu !!
    Le Dornier 17 pouvait n'avoir parfois que 3 hommes d'équipage.
    A vérifier bien sûr ;)
    Mille mercis, cher Ami.

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  3. Sur l’image d’Adler où l’on voit le mitrailleur allemand descendre l’avion on reconnait la forme d’un bombardier Armstrong-Whitley. C’est étonnant que les britanniques utilisent ce type d’avion comme chasseur de nuit. Quand au Dornier 17 il possède selon le type de 1 à 3 mitrailleurs.

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  4. Merci et pour l'excellente fiche et pour les 3 PF.

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  5. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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