mercredi 28 décembre 2016

Rapaces n°077 - 084 -175 - 177 - 178
















 


RAPACES est une revue de l'éditeur Impéria.
425 numéros de mars 1961 à juin 1986. Format 13 x 18 cm. 68 pages jusqu'au N° 254, puis 132 pages jusqu'à la fin. 75 recueils.
BD de guerre (aviation) utilisant principalement les récits issus de la revue anglaise de poche "Air Ace Picture Library".

Vous pouvez trouver ci-dessous les fiches déjà éditées sur Bd Mag Exhumator:
http://bdvintagerares.blogspot.be/2015/11/rapces-68-pages.html
http://bdvintagerares.blogspot.be/2016/03/rapaces-editions-imperia.html
http://bdvintagerares.blogspot.be/2014/07/rapaces.html
http://bdvintagerares.blogspot.be/2016/04/rapaces-suite.html
http://bdvintagerares.blogspot.be/2016/07/rapaces-francisco-solano-lopez.html

Je vous propose Rapaces n°077-084-175-177-178







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A HIGHER CALL...1943, UN MIRACLE DANS LE CIEL




























C'était quelques jours avant Noël 1943, la campagne de bombardements alliés en Allemagne visait les villes et décimait les populations civiles à toute vitesse.
Le sous-lieutenant Charlie Brown venait d'être promu pilote de bombardier, lui et son équipe réalisaient leur première mission : détruire Bremen dans le nord de l'Allemagne.
Le quadrimoteur B-17F Flying Fortress , surnommé Ye Olde Pub, était typique des bombardiers lourds américains de l'époque, armé de 11 mitrailleuses disposées stratégiquement.
Le vol s'effectuait à une altitude d'environ 27.000 pieds, mais la cabine n'était pas sous pression.
A cette altitude l'air est raréfié et le froid intense, 60 degrés en dessous de zéro..., les pilotes et membres d'équipage disposent dès lors d'un système d'oxygène et de combinaisons de vol très chaudes y compris des bottes fourrées.
Ye Olde Pub approchait de son objectif : Bremen, tandis que les batteries anti-aériennes allemandes défendaient la ville en tirant sur la formation des bombardiers.
Un obus a explosé juste en face de leur avion, détruisant les moteurs deux et quatre.
Avec seulement deux moteurs sur quatre, Ye Olde Pub ne pouvait plus suivre la formation.






























Les bombardiers B-17 étaient connus pour être en mesure d'absorber un grand nombre de balles des avions de chasse et d'obus anti-aérien (la Flak) grâce à un lourd blindage protégeant l'équipage et les zones vitales de l'avion.
Quoique bien armé d'un certain nombre de tourelles de mitrailleuses lourdes, il y avait encore des zones de l'avion qui étaient vulnérables aux attaques par des avions de chasse ennemis.
L'US Army Air Corps avait abordé ce problème en ordonnant que leurs bombardiers volent en formation décalée, ce qui permettait de combler les lacunes défensives de chaque avion dans la formation grâce à un recouvrement partiel des champs de tir.
L'inconvénient de cet arrangement était que les avions ne pouvaient pas réaliser de manœuvres d'évitement..., ils courraient alors le risque de se toucher et d'être percutés lors du largage des bombes d'autres avions..., mais aussi de tirer sur les avions alliés...
Par contre, hors formation, les retardataires devenaient totalement vulnérables aux attaques de l'aviation ennemie.






























Les choses sont allées de mal en pis pour Brown et son équipage.
Ye Olde Pub a largué ses bombes et tenté de résister aux attaques impitoyables de 15 avions de chasse allemands.
Les dommages subis étaient immenses.
Le mitrailleur de queue a été tué et quatre autres ont été blessés, dont Brown, qui a reçu un fragment d'acier dans son épaule droite.
Les armes défensives encore en service étaient la tourelle supérieure derrière le poste de pilotage et le canon situé dans le nez de l'avion.
Le système hydraulique ne fonctionnait plus correctement et l'oxygène était coupé.
L'avion est alors entré dans une spirale, en chute libre vers le sol.






























Brown a réussi à redresser l'avion juste au-dessus du sol, arrachant les branches supérieures de plusieurs arbres : "J'ai eu des cauchemars de cette scène pendant des années et des années, je voyais les batiments et puis les arbres, j'ai cru mourir. Je pense que les Allemands étaient convaincus que l'avion s'était écrasé, raison pour laquelle ils ne nous ont pas pourchassés jusqu'à l'hallali... Ye Olde Pub été épargné. D'une certaine manière, aidé de mon copilote, j'ai réussi à rétablir un niveau de vol à environ 1.000 pieds d'altitude"...






























Tentant de rentrer sur la base anglaise, Ye Olde Pub a survolé au ras du sol un aérodrome allemand.
Le lieutenant Franz Stigler, un pilote de chasse de la Luftwaffe qui avait à son actif d'avoir abattu deux B-17, a vu Ye Olde Pub voler en crabe juste au dessus de lui.
Tout naturellement, il a pensé à lui donner la chasse..., il a sauté dans le cockpit de son Me-109 et a décollé.
Quelques minutes plus tard il était en visuel à 100 mètres.
Mais le spectacle qui s'offrait à ses yeux lui à immédiatement arrêté toute envie d'abattre le bombardier.
Il était atterré par la quantité de dégâts que le B17 avait subi.
Sa verrière de nez était absente, il y avait plusieurs trous béants dans le fuselage..., il pouvait voir des membres d'équipage donner les premiers soins à des blessés, il y avait du sang un peu partout et les armes de l'avion pendaient : "J'ai vu un homme qui devait être préposé au canon latéral et avait été touché dans le dos, abondamment saigner, j'ai été ému de le voir me faire un signe comme un appel au secours, du style qu'il n'en pouvait plus... Oui, je ne pouvais pas tirer. J'ai essayé de faire atterrir l'avion en Allemagne mais le pilote devait savoir que cela signifierait la prison... Il n'a pas réagi..., pas du tout même. C'était une tête dure, un héros, ou tout simplement un homme qui n'avait pas décidé d'être là, qui n'avait pas voulu tout ça, qui voulait simplement vivre après avoir obéi aux ordres, rentrer chez lui..., simplement. Alors, j'ai pensé le diriger vers la Suède, parce que son avion était tellement endommagé que je pensais qu'il n'aurait jamais pu retourner dans cet état en Angleterre. Je n'avais jamais vu voler un avion aussi endommagé"...
































Stigler a gardé ses distances, tout en restant hors de la ligne de tir des deux canons encore en service, mais il a réussi à voler dans le visuel du pilote du B17. 
Il a essayé de communiquer avec Brown avec des signaux manuels. 
Son message était simple... et formulé en anglais : "Voulez-vous atterrir en Allemagne ou voulez-vous que je vous guide vers la Suède. Vous ne pourrez jamais revenir avec votre tas de ferraille en Angleterre"...
Perplexe, Brown regardait les signes de Stigler, il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait : un étrange pilote allemand qui lui faisait des gestes amicaux..., à lui qui venait de bombarder Bremen. 
Il ne pouvait pas accepter d'atterrir en allemagne et il ne voulait pas aller en Suède..., il l'a fait comprendre..., mais le pilote allemand est resté avec lui, empèchant d'autres avions de chasse allemand d'attaquer le B17, jusqu'à ce qu'ils atteignent la mer du Nord. 
A mi-chemin, Stigler a salué, battu des ailes amicalement et a fait lentement demi-tour...
Brown a réussi l'incroyable exploit de ramener le B17 jusqu'à sa base, au ras des flots...

L'officier de débriefing incrédule, séduit par l'histoire de Brown, est allé dire à l'Etat-major ce qui s'était passé. 
Il a recommandé l'équipage de Brown pour une citation..., mais cette gloire fut de courte durée. 
L'Etat-major a rapidement décidé que cette histoire ou un B17 était sauvé grâce à l'attitude chevaleresque d'un pilote de chasse allemand, pouvait mettre en danger la vie des autres équipages, car elle leur aurait fait baisser leur garde. 

Tous les détails de la première mission du Ye Olde Pub ont été classés secrets.































Stigler n'a jamais parlé de son action ce jour-là, cela lui aurait signifié la cour martiale, une dégradation, voire la prison.
Plus tard il est devenu un des premiers au monde à piloter un avion de chasse à réaction, le ME262.
À la fin de la guerre, il était l'un des seulement, environ, 1.300 pilotes survivants de la Luftwaffe sur 28.000.

Après la guerre, Charlie Brown est rentré chez lui en Virginie-Occidentale et après 4 ans d'université, s'est réengager dans l'Air Force en 1949 pour y  servir jusqu'en 1965.
Plus tard, en tant que chef du Département d'Etat du service extérieur, il a fait de nombreux voyages au Laos et au Vietnam.
Mais en 1972, il a raccroché sa casquette de colonel et a déménagé à Miami pour devenir un inventeur-retraité.

Stigler a terminé la guerre au milieu des ruines, les autorités encore en place du presque défunt Troisième Reich, impressionnés par ses états de services exemplaires... et alors que l'économie allemande était détruite, lui ont délivré quotidiennement des bons d'alimentation et un travail comme aide-maçon, ce qui lui a permi de survivre.
Mais il a déménagé au Canada en 1953.
Là, il a connu le succès en tant qu'entrepreneur.






























De nombreuses années passèrent sans que ni l'un ni l'autre n'aient jamais le temps de beaucoup de réflexion sur ce qui s'était passé ce jour-là en 1943.
Mais en 1986, le colonel à la retraite Charlie Brown... a été invité à prendre la parole lors d'un événement commémoratif, les retrouvailles de pilotes de bombardiers B17, appelé grand rassemblement des aigles.
Quelqu'un lui a demandé s'il avait des missions mémorables au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Brown a pensé dans une minute de silence, puis a déterré l'histoire de l'aide chevaleresque et du salut amicale d'un pilote allemand de ME109, qui avait été enterrée quelque part dans les coins sales de son esprit depuis des décennies.
L'intervieuwer-journaliste en fut bouche bée.
Brown a su qu'il devait essayer de trouver l'homme qui avait épargné sa vie.
Après quatre années de recherche, en vain, dans les archives allemandes et des États-Unis ainsi que de l'angleterre, Brown n'était pas arrivé à grand-chose.
Alors, il a écrit une lettre dans un bulletin de l'association des pilotes de chasse alliés de la guerre 41/45.
Quelques mois plus tard, Brown a reçu une lettre du Canada.
C'était Stigler..., la lettre était courte : "C'était moi"...
Quand ils se sont parlé au téléphone, Stigler a décrit son avion, le salut, tout..., Brown savait que ce n'était pas un canular.

De 1990 à 2008, Charlie Brown et Franz Stigler sont devenu comme des frères, leur amitié a été scellée au fil de ses années qu'ils leur restaient à vivre...
Les deux hommes restèrent près l'un de l'autre tout le reste de leur vie.
Ils sont morts à quelques mois d'intervalle, en 2008.





5 commentaires:

  1. Remarquable comme d'habitude, cher Lulu ;)
    Un grand merci pour cette belle histoire !!

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  2. Grand merci et pour l'excellente fiche et pour les 4 PF.

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  3. Un petit moment d'histoire dans la grande Histoire. Merci, Lulu, pour tous ces récits que tu sais très bien mettre en valeur.

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  4. Une histoire qui se termine comme un conte de fées.

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