mardi 21 février 2017

X-13 n° 003-038-085-087-091













 

X-13 Agent secret est une revue de bandes dessinées petit format parue chez l'éditeur Imperia. 442 numéros du 04/1960 au 06-1986. Récits d’espionnage et de guerre durant la seconde guerre mondiale.




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L’Orchestre rouge (die Rote Kapelle') est le nom d'un réseau d'informateurs en Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, qui opérait sous contrôle et pour l'URSS.

Léopold Trepper

« Je suis devenu communiste parce que je suis Juif ». Léopold Trepper était convaincu que le communisme devait mettre fin à l’antisémitisme et laissaient espérer une société sans haine, abolissant le sectarisme et le nationalisme, une société où régneraient l’égalité et la tolérance entre tous les hommes.

Dombrova, 1922. Leopold Trepper avec les combattants Hachomer Hatzair (Leopold Trepper se trouve dans le centre de la première rangée). A Cracovie, en 1923, Trepper participe à la grande grève générale. Il se cache mais est  arrêté. Une fois libéré de prison, il part pour la Palestine en même temps que dix autres compagnons. Là en 1925 il rejoint le Parti communiste Palestinien qui vise à unir les Juifs et les Palestiniens contre la présence militaire britannique. Emprisonné à nouveau, il se réfugie en Union soviétique, où il  est recruté par le GRU (services secrets soviétiques).

Édouard Pétrovitch Berzine est un militaire russe, puis un cadre de la
police secrète soviétique, la Tchéka. Il est surtout connu pour avoir
 créé et dirigé le système des camps de travail forcé de la Kolyma,
dans le nord-est de la Sibérie, où périrent des centaines de milliers
 de prisonniers du Goulag. En 1937, peu de temps après des vacances
passées avec sa famille en Italie Berzine fut convoqué à Moscou et
arrêté le 19 décembre dans le Transsibérien, à Aleksandrov, à 70 km
de la capitale. Il fut accusé d'espionnage au profit du Royaume-Uni
et de l'Allemagne et aussi d'avoir préparé la prise de Magadan par
 les Japonais. A l'apogée des Grandes Purges, Berzine fut jugé — ainsi
que tous ses collaborateurs — et aussitôt exécuté à la prison
de la Loubianka, à Moscou, le 1er août 1938. 




























Exécution sommaire dans les sous-sols de la Tchecka à Moscou dans
le bâtiment de la Loubianka (rue Grande-Loubianka). 
Comme Léopold Trepper, le général Berzine, chef du  Renseignement de l’Armée rouge est conscient de la survenue prochaine  d’une  guerre et d’une attaque allemande contre l’URSS et il l’encourage dans son projet de réseau d’espionnage antinazi en Europe, mais cette vision de l’avenir n’est pas celle du parti, c’est-à-dire de Staline qui interdit l’envoi d’agents soviétiques en Allemagne, à l’heure du  rapprochement avec l’Allemagne nazie ; en 1938 Berzine est destitué  puis exécuté par la Guépéou.
















C’est donc un Trepper privé du soutien du Centre, qui se lance dans cette entreprise, la constitution d’un réseau dont les membres doivent chacun disposer d’une « couverture »  et d’une indépendance financière, ainsi que d’ opérateurs  radio et d’experts dans l’art du « chiffre » (coder et décoder les messages), et cela dans les capitales de l’Europe, y compris Berlin, en faisant en sorte que ces agents aient des contacts dans les hautes sphères du pouvoir nazi et de ses collaborateurs. Ces contacts privilégiés permettront aux agents de l’Orchestre de disposer d’ausweis vers des zones militaires et d’informations de première main. L'idée de Trepper est de créer des sociétés commerciales qui serviront à la fois de couverture et de source de financement du réseau. Les buts premiers de cette organisation étaient de recueillir des renseignements sur la capacité de production du complexe militaro industriel allemand et d'autres informations importantes permettant de détecter les préparatifs de guerre de l'ennemi.

L’opération Barbarossa nommée en référence à l'empereur Frédéric
Barberousse, est le nom de code désignant l'invasion par le IIIe Reich
de l'Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale.
À l'actif de ce réseau, il y a notamment l'annonce de l'opération Barbarossa (le plan d'invasion de l'URSS), et les microfilms du char d’assaut « Tigre » et du chasseur « Messerschmitt » en cours de fabrication.

Le 14 juillet 1942, la station d'écoute allemande intercepte un message codé provenant de Moscou qui avait maladroitement divulgué les noms et adresses de certains agents. L'Abwehr, par triangulation radio, est parvenu à localiser un émetteur à Bruxelles, Belgique.
La chasse aux agents de l'Orchestre rouge avait commencé, dirigée par le service spécial de contre-espionnage allemand, le Sonderkommando Rote Kapelle. Utilisant les informations recueillies lors des arrestations, les Allemands démantèlent le réseau berlinois. Peu après, plusieurs agents ont craqué sous la torture et les Allemands ont mis fin aux activités du réseau.





Appréhendé le 24 novembre 1942 chez son dentiste, Léopold Trepper est détenu rue des  Saussaies, dans les locaux de la Gestapo, étroitement surveillé, il fait l’objet d’un étrange marché, qu’il décrit sous le nom  de « Grand Jeu » : dissimuler son arrestation, conserver les contacts avec le Centre de Moscou et lui faire part du désir de l’Allemagne de négocier une paix séparée avec l’URSS. Trepper feint d’acquiescer et parviendra à prévenir le Centre qu’il est aux mains de l’ennemi.
Le 13  septembre 1943 Trepper se rend en voiture de sa « résidence » de Neuilly au siège de la Gestapo, rue des Saussaies. Berg, son geôlier, grand alcoolique, souffre de pénibles douleurs gastriques. Compatissant, Trepper lui propose d’acheter un médicament qui devrait le soulager. La voiture s’arrête devant la pharmacie Bailly dont Trepper sait qu’elle dispose d’une deuxième entrée au 4 rue du Rocher. A la grande surprise de  son prisonnier, Berg, confiant, le laisse pénétrer seul dans l’officine. Et le Grand Chef, en un instant, traverse  la pharmacie et se retrouve, libre, rue du Rocher.
La pharmacie Bailly aujourd'hui - et la porte - ci-dessous
le croix verte - où Trepper est entré ce-jour là
Et il sorti de ce côté.














En quelques minutes, il gagne  une station de métro  proche et après un changement, le fuyard est au terminus de la ligne « Pont de Neuilly » où il prend un bus pour Saint-Germain en Laye. Liberté précaire : sitôt l’alerte donnée, la police allemande est à ses trousses.


Poursuivi sans cesse, isolé, Trepper vit les heures difficiles d’un vagabond, d’un SDF errant dans les rues du Paris de l’occupation, battant le pavé dans la journée, se réfugiant la nuit dans des abris précaires, gares,  maison close, ou encore chez une infirmière, un chauffeur de vélo-taxi, des hommes et des femmes désintéressés qui lui offraient l’hospitalité malgré les risques. Le chef traqué, dont la photo était diffusée à toutes les polices de la métropole, une capsule de cyanure dans la poche, est heureusement méconnaissable, amaigri, porteur de lunettes et affublé de moustaches. Il trouve enfin un domicile stable avenue du Maine jusqu’à la libération de Paris à laquelle il participe aux côtés des insurgés français. mais le Grand Chef échappera à toutes les recherches.
À la fin du printemps 1943, 150 personnes, dont beaucoup étaient étrangères à l'organisation, furent incarcérées et des familles entières d'innocents arrêtées. Léopold Trepper donnera une liste non exhaustive des membres de l'Orchestre Rouge qui ont été arrêtés, déportés ou condamnés à mort par les nazis dont 27 sont passés par la prison de Breendonk, 24 ont été fusillés, 3 se sont suicidés, 5 ont disparu, 10 sont morts en déportation, 48 arrêtés en France et en Belgique sont morts pendant la guerre.

Le Fort de Breendonck fait partie de la ceinture fortifiée d'Anvers et il date de 1906 Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le fort situé près de Malines a servi de camp de concentration pour les prisonniers politiques. Dès la fin des combats, la Sicherheitspolizei utilise le fort comme camp de concentration : le 20 septembre 1940 sous le commandement du Sturmbannführer Philipp Schmitt, les premiers prisonniers arrivent à Breendonk. Durant l’année 1940, ce sont principalement des juifs qui y sont détenus, avant d’être libérés ou transférés vers d’autres camps. Breendonk sert aussi de centre d’internement pour les contrevenants aux mesures antijuives et les « asociaux », au sens nazi du terme. De 1940 à 1942 Breendonk sert de camp de transit, avant la déportation vers d’autres camps, comme Neuengamme ou Ravensbruck. Le Auffangslager Breendonk comptera au moins 3 532 détenus jusqu’en septembre 1944, 733 ne survivront pas à la guerre et aux maltraitances de Breendonk ou des autres camps par lesquels ils passeront. Au fort de Breendonk, ce seront près de 200 prisonniers qui seront exécutés.





























Le commandant du fort, M. Schmitt au milieu et l’un de ses adjoints appelé Popeye par les prisonniers à droite. Tous deux étaient des tortionnaires.
 Le SS-Sturmbannführer Philipp Schmitt fut arrêté aux Pays-Bas en 1945. Incarcéré à la prison de Rotterdam. Le 20 novembre 1945, il est extradé en Belgique et sera détenu à l'endroit même où il sévit des années durant en tant que commandant. La cour martiale d'Anvers le poursuivit pour, entre autres exactions, 83 meurtres perpétrés à Breendonk tandis qu'il en était le commandant. Le procès débuta le 2 août 1949. La cour martiale rendit son verdict le 25 novembre 1949 : la mort. Ce procès avait été différé longtemps en raison du fait qu'au sortir de la guerre, la loi belge ne prévoyait pas qu'un soldat allemand pût être jugé par une juridiction belge. Philippe Schmitt fut exécuté dans l'ancienne boulangerie militaire d'Hoboken, le 8 août 1950 à 6 h du matin par un peloton d'exécution composé de gendarmes. Philippe Schmitt fut le seul dignitaire nazi à être jugé en Belgique et sera le dernier condamné à mort effectivement exécuté en Belgique.

29 personnes arrêtées ont survécu dont Jules Jaspar arrêté par la Gestapo à Marseille le 30 novembre 1942 après avoir été dénoncé, et qui fut transféré à la prison de Fresnes puis déporté Nacht und Nebel à Mauthausen. Son épouse Claire Legrand fut également arrêtée et déportée à Auschwitz où elle sera victime des chambres à gaz. Léo Grossvogel, un des principaux collaborateurs de Léopold Trepper, sera arrêté par la Gestapo le 16 décembre 1942 à Bruxelles et condamné à mort par les nazis en mai 1944. D'autres agents de l'Orchestre rouge ont été exécutés à la prison de Plotzensee.


En janvier 1945 il regagne Moscou dans un avion soviétique. Il pense qu’il sera reçu  en héros, mais, il est incarcéré dans la «  Loubianka » sans avoir revu sa famille : on lui reproche d’avoir été de la « clique du contre-révolutionnaire  Berzine », l’ancien chef des services secrets « destitué » par Staline. Il y connaitra les interrogatoires épuisants, renouvelés nuit après nuit, la sous-alimentation, le voisinage dans sa cellule d’un bourreau nazi. On veut lui faire signer un document dans lequel il reconnaît ses crimes contre l’Union soviétique. En réalité, il était condamné d’avance, suspect aux yeux du pouvoir comme tous ceux qui avaient séjourné des mois ou des années en Occident, fussent-ils les citoyens les plus loyaux ou des étrangers amis de l’URSS.

Le Goulag est l’organisme central gérant les camps de travail forcé en Union soviétique. Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale marquent l’apogée du système concentrationnaire : le nombre de détenus augmente jusqu’en 1950 pour dépasser les deux millions. Le taux de mortalité dans les camps a considérablement varié dans le temps : de 2,5 % à la veille des procès de Moscou (1936) on passe à 17,6 % au plus fort de la guerre (1942). Le taux de mortalité s'élevait à 10 % par an entre 1939 et 1953 (au total, 12 millions de morts), ce qui aurait fait une moyenne de 855 000 morts par an. En réalité, le chiffre révélé par les archives au début des années 1990 était de 49 000 en temps de paix. Les conditions effroyables du temps de guerre contre l'Allemagne multiplient le taux de mortalité par 4, ainsi il monte à 194 000 par an.

























Trepper est resté prisonnier jusqu’en 1953. Condamné à 10 ans de détention, il a été libéré avant terme à la mort de Staline, comme de nombreux prisonniers politiques injustement accusés de trahison.  Quelques mois  plus tard, il revient en Pologne, son pays d’origine, où il devient le président de ce qui reste de la communauté juive. La guerre des Six-jours en 1967 donne lieu à la résurgence d’un antisémitisme d’Etat  virulent, ce qui le décide à demander un visa d’émigration vers Israël.

9 commentaires:

  1. Très très belle fiche qui élargit largement l'horizon des PFs vers l'Histoire avec un grand H!
    Mille mercis Lulu
    Pour info le roman-doc de Gille Perrault
    http://www.fayard.fr/lorchestre-rouge-9782213023885
    le doc TV
    http://www.39-45.org/portailv2/media/media-228-4+l-orchestre-rouge-1-4.php

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  2. Souvent mes parents me racontaient les histoires terribles qui s’étaient déroulées dans le fort de Breendonk. Pour eux c’était le Styx, la rivière qui séparait le monde terrestre des Enfers. Mon père, ancien des PTT, a connu personnellement des collègues résistants qui sont passés par là et qui n’en sont pas revenus ou dans un état physique lamentable.

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  3. C'est toujours avec plaisir et intérêt que je lis vos fiches. C'est un vrai régal pour moi que de me rendre régulièrement dans votre blog.Grand merci.

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  4. Comme toujours, un plaisir de lire tes fiches historiques, mon Lulu ! :4:
    Et un grand merci supplémentaire pour ces numéros en exclu mondiale.

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    1. J'ai encore trois numéros en attente...la suite dans une prochaine fiche.

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  5. Toujours pas trop fan pour lire ces PF de guerre mais par contre lire Lulu, ça oui, passionnant !!! j'ai le 411 de 1983 intitulé "REUNION D'ESPIONS" je peux le scanner à la volée pour retouche plus tard ....

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    1. Je suis toujours partant...tu scannes, je corrige...et ça me fait plaisir que tu aimes me lire. Signé prof lulu.

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