dimanche 5 mars 2017

Banzaï















 

Banzaï est une revue de bandes dessinées petit format parue chez l'éditeur Aredit dans la collection Courage Exploit. 91 numéros du 07/1968 au 06/1977. Principalement des récits de guerre.

 Je vous propose Banzaï n°57-58-59




Lien: Banzaï - 057
Lien: Banzaï - 058


Lien: Banzaï - 059

L'imprenable Tarawa - 20 novembre  au 23 novembre 1943



























Mille travailleurs japonais et 1200 manœuvres coréens avaient transformé les 115 hectares de Betio en l'un des ouvrages les mieux fortifiés du monde, compte tenu de ses dimensions.

Des Japonais installent un canon de marine pris aux Britanniques
sur l’atoll de Tarawa, avant l’attaque américaine
Quatorze canons côtiers, dont quatre de 203 mm à tir rapide, achetés longtemps avant la guerre aux Anglais, surveillaient la côte. Quarante pièces supplémentaires étaient placées à des points stratégiques pour couvrir d'un rideau de feu les voies d'approche et les plages.

Une barrière de rondins de cocotiers d'un mètre vingt bordait le lagon,
et plus de cent mitrailleuses étaient en position derrière ce parapet
pour en défendre l'approche.
En outre, chacun des bunkers de Shibasaki,commandant de la garnison japonaise sur l'île de Betio de l'atoll de Tarawa, était en soi une véritable forteresse. Les ouvriers avaient creusé des trous profonds dans le corail, les avaient doublés d'acier et de béton, recouverts de corail et de rondins, le tout arrondi en monticules qui ne formaient pas d'ombres nettes sur les photographies aériennes; les obus et les bombes ricochaient par-dessus sans leur faire grand mal.
Les postes de commandement et les dépôts de munitions de Shibasaki se trouvaient, eux aussi, en lieu sûr dans une série de blockhaus à l'épreuve des bombes, certains pourvus de deux étages, avec des murs de 2,50m et des toits d'acier et de béton. Même touchées de plein fouet par de gros obus, ces structures avaient de fortes chances de demeurer intactes. De surcroît, les défenseurs disposaient d'un réseau de tranchées très élaboré; même sous le bombardement, les soldats d'élite des Forces spéciales de débarquement de la marine pouvaient, en parcourant ces tunnels au pas de course, rejoindre rapidement un secteur menacé de la ligne de défense nippone.

Rien ne semblait avoir été détruit

























Un peu avant 9 heures, les premiers chars amphibies arrivèrent sur la barrière de récifs et il fallut bien reconnaître que les craintes du général Julian Smith étaient parfaitement et malheureusement justifiées, car il y avait très peu d'eau au-dessus des récifs, pas assez pour les chalands, même les plus légers. Les chars amphibies heurtèrent les concrétions coralliennes et commencèrent à les gravir avant de replonger de l'autre côté ; mais, à cet instant, se produisit le premier acte du drame.

Contre toute attente, les Japonais choisirent ce moment précis pour ouvrir le feu de toutes leurs pièces disponibles. La mer ressembla subitement à un volcan sous-marin en éruption et de nombreux amtracks sautèrent, coulèrent ou, sévèrement touchés, s'immobilisèrent.


Les soldats, qui ne furent pas tués à ce moment, sortirent précipitamment de leurs engins et gagnèrent les plages en ayant de l'eau jusqu'à la poitrine.

Sur Betio, rien ne semblait avoir été détruit, car le feu nourri que les Japonais déclenchaient alors était extraordinairement dense. Les marines avançaient péniblement, puis, trop souvent, un léger sursaut précédait leur disparition sous l'eau rougie de sang.


Au large, de nombreux amtracks, leurs chenilles démantelées, étaient culbutés sur les récifs ; d'autres brûlaient furieusement. Par endroits, l'eau du lagon charriait de larges taches rouges révélatrices de la précision et de l'intensité du tir japonais. Les petites vagues laissaient apparaître des corps déjà inertes et ceux des soldats blessés qui se noyaient. La vision était horrible.
De nombreux amtracks, ayant réussi à franchir les récifs, furent touchés avant même d'atteindre le rivage. Plusieurs (l'entre eux reçurent des grenades et des obus de mortier et arrivèrent à la côte avec tout leur équipage mort.
Pendant de longues minutes, les hommes qui étaient parvenus à aborder se blottirent derrière la barrière de troncs de cocotiers afin de souffler un peu et de se réorganiser, mais ils demeuraient toujours sous le feu (les armes automatiques nippones qui firent, là encore, de nombreuses victimes. Les marines ne pouvaient ni avancer ni reculer. Franchir le rempart de bois, c'était se suicider, et revenir en arrière, vers l'eau, c'était s'exposer aux tirs croisés des blockhaus japonais.

Ils tombaient sans arrêt

Le colonel Shoup faisait route vers la Plage Rouge n° 2 avec son état-major. Quand un obus toucha son amtrac, il réussit à atteindre les piles de la longue jetée où, debout dans l'eau, il installa un poste de commandement précaire et surveilla l'arrivée des bataillons de réserve.
Il ne restait plus qu'une poignée d'amtracs pour les transporter du récif à la côte. En réalité, on ne voyait plus aucun amtrac quand le 3e bataillon du 8e de Marines, du commandant Robert Ruud, atteignit le récif en face de la Plage Rouge n° 3 dans ses bateaux Higgins. Tandis que les passerelles des bateaux s'abaissaient, les Marines présents sur la plage entendirent le bruit d'une poutrelle d'acier sur le béton et l'un des bateaux s'évanouit.
Un témoin déclara: «Il était là, et soudain il avait disparu. A sa place, pendant une fraction de seconde, il y eut une tache floue dans l'air, puis plus rien.» Un autre craquement suivit, et un deuxième bateau disparut. Les Japonais tiraient de plein fouet. Au-delà du récif, le timonier d'un troisième bateau fut pris de panique. «Je n'irai pas plus loin», hurla-t-il, et il laissa tomber la rampe de débarquement — tous les hommes lourdement chargés qui se trouvaient dans le bateau se noyèrent dans 5 mètres d'eau.


Le reste du bataillon de Ruud se mit à patauger dans l'eau. Peu survécurent pour raconter leur expérience, mais il y eut de nombreux témoins.
Un marin du Dashiell, au milieu du lagon, qui observait avec ses jumelles, s'en apercevait lui aussi. Il raconte: «C'était comme un film de guerre. Ces pauvres types avançaient lourdement avec de l'eau jusqu'à la poitrine en se faisant tirer dessus. J'essayais de ne pas regarder, mais je ne pouvais détourner les yeux. L'horreur du spectacle m'hypnotisait. Je m'en souviendrai toute ma vie, même si je vis jusqu'à cent ans.»


Au-dessus d'eux, dans l'avion de reconnaissance du cuirassé Maryland, le capitaine de corvette Robert MacPher son observait lui aussi. Il nota dans son livre de bord: «Il semblait que l'eau ne serait jamais débarrassée de ces petits bonshommes, leur fusil au-dessus de la tête, qui se dirigeaient lentement vers la plage en pataugeant... Ils tombaient sans arrêt... seuls, en groupes ou en rangs.» Certains réussirent à se glisser sous la jetée, où ils trouvèrent une sécurité relative. D'autres continuèrent jusqu'à la côte dans une eau teintée en rose, fouettée par les balles. Beaucoup trouvèrent une mort rapide. D'autres moururent lentement, alors que blessés, perdant leur sang, accablé par leur paquetage, ils cherchaient à se maintenir la tête hors de l'eau. Certains mirent les pieds dans des trous et se noyèrent. D'autres succombèrent en essayant de sauver un camarade blessé. La tête et les membres des cadavres fraîchement tués oscillaient doucement sur les vagues; les morts du premier assaut flottaient, raides comme du bois.
Sur les combattants de la première vague de Ruud, 30 % seulement atteignirent Betio sans blessures. La seconde et la troisième vagues ne s'en tirèrent guère mieux. Le bataillon, en tant qu'unité de combat, n'existait plus; les survivants furent envoyés dans les lignes de Crowe, sur la Plage Rouge n° 3.


Les bunkers de l'amiral

Sur la tête de pont du commandant Crowe, près de la jetée, quatre autres chars avaient réussi à aborder. En s'emparant des bunkers japonais un par un, ils aidèrent le bataillon de Crowe à avancer mètre par mètre vers l'intérieur jusqu'au bord de l'aérodrome.

Mais, au bout de quelques heures, un seul des chars était encore en état de marche, le Colorado du lieutenant Louis Largey, qui allait devenir légendaire. Le Colorado fut touché par un canon japonais antichar, aspergé de grenades et de cocktails Molotov, et soufflé par une mine en cours de route. Bien que noircis par le feu et cabossés, l'équipage meurtri et épuisé, la machine et les hommes ne cessèrent de démolir les fortins japonais. Il a ensuite été ramené sur la plage pour éteindre les flammes. Le Colorado était le seul char en état de marche, du 3ème peloton qui a survécu le premier jour sur Tarawa 



























Un tank japonais détruit devant le bunker de commandement Japonais, à Bétio.
Mais l'énorme Q.G. en béton de l'amiral Shibasaki et ses bunkers renforcés d'acier résistaient au feu des chars. Les avions embarqués et les canons des navires les arrosèrent presque toute la journée, sans grand résultat. Le commandant Crowe envoya une équipe de démolition pour tenter de faire sauter le blockhaus, et une section pour l'encercler, mais la première fut repoussée et l'autre presque entièrement anéantie.
Engins de débarquement américains de type LVT et un tank de
 type 95 Ha-Go japonais sur la plage d'invasion à Tarawa,

Shibasaki avait des chars, lui aussi, et l'un d'eux arriva en ronflant jusqu'auprès des hommes de Crowe. Deux canons antichars de 37 mm américains avaient été tirés sur la plage après le naufrage du navire qui les avait apportés, mais on ne savait comment les amener au-delà du remblai en position de tir. Les hommes s'écrièrent: «On va les porter.» Les Marines qui se trouvaient là s'en emparèrent, et les pièces de 450 kilos furent hissées au-dessus du remblai. Elles ouvrirent le feu et le char japonais se retira.
































S / Sgt. Norman Hatch de la 2e Division Marine des États-Unis, donne
un verre d'eau à un chaton errant trouvé caché sous un tank léger
japonais Type 95 Ha-Go détruit, à Tarawa Atoll dans le Pacifique.
Le 24 novembre 1943. Le tank manque sa tourelle qui a logé le canon
de type 37 de 37mm.

Des tonnes de sable devant les embrasures
Le 22 novembre au matin, le général Smith débarqua pour prendre personnellement le commandement, sur place, des opérations. Les combats avaient déjà repris sur tout l'ensemble de ce front extrêmement fluide et, à l'ouest, il y eut du nouveau ; en effet, le bataillon 1/6 entama une nouvelle forme de progression en utilisant les quelques bulldozers destinés initialement à tracer des routes pour l'acheminement du matériel roulant.
Ses trois chars Sherman prirent position autour du blockhaus à réduire, firent feu pour museler les armes nippones et les marines entretinrent un tir continu de mitrailleuses tandis que deux bulldozers repoussaient, à l'aide de leur grande pelle-bouclier frontale, des masses de sable devant les embrasures de l'ouvrage, aveuglant et asphyxiant ses occupants. Ce système fut généralisé et réduisit considérablement le temps consacré à chaque blockhaus nippon.

A 11 heures, des marines firent leur jonction avec ceux de Carlson du sud de l'aérodrome, tandis que d'autres, qui avaient enfin dépassé le super-blockhaus de Shibasaki, allaient bientôt les rejoindre. Cette attaque du grand ouvrage bétonné mérite d'ailleurs qu'on s'y arrête. A 9 h 30, les mortiers de 81 mm des marines étaient entrés en action, pilonnant sans relâche le système défensif du blockhaus japonais, puis, subitement, un des obus dut toucher une soute à munitions ou entrer, par hasard, dans un conduit d'aération, car il y eut une très violente explosion qui déchiqueta une partie de l'ouvrage principal.


Les Navy Seabees ont réussi à obtenir leur premier bulldozer à terre le jour J. Avec lui, et ceux qui ont suivi, les Seabees ont construit des revêtements d'artillerie, étouffé des positions ennemies, creusé des fosses communes, et reconstruit la piste endommagée - tout sous le feu
Ce fut alors que les bulldozers accumulèrent des tonnes de sable contre les embrasures et les issues. Les marines, restés au sommet de l'édifice, firent couler de l'essence par les conduits (l'aération et laissèrent tomber des grenades. Il y eut de sourdes explosions internes et l'on entendit des cris malgré le tumulte de la bataille. A l'intérieur, 200 Japonais, dont l'amiral Shibasaki, périrent.

La contre-attaque

Les marines venaient à peine de finir de se restaurer, lorsque les Japonais commencèrent ce qu'ils n'avaient pas encore tenté jusque-là : contre-attaquer. A 19 h 30, une soixantaine de soldats nippons firent brusquement irruption dans les lignes américaines et parvinrent à s'infiltrer entre deux retranchements. Le bataillon 111/6, nouvellement débarqué et qui devait monter en ligne le lendemain à l'aube, fut alors mis en route en raison de la situation.

Les marines, en bordure de l'aérodrome, se remettaient à peine de ce premier et furieux combat quand, à 23 h 30, les Japonais lancèrent une nouvelle attaque d'une centaine d'hommes. Ce fut une charge Banzaï classique ; les soldats du mikado hurlèrent et tiraillèrent en tous sens, sans doute pour effrayer ces « pleutres » d'Américains.





























Le choc fut rude et une partie des forces japonaises pénétra à l'intérieur des lignes américaines, semant la mort et un début de panique. Certains assaillants faisaient mine de tomber, puis rampaient silencieusement, n'éveillant pas les soupçons, et se glissaient dans les trous des Américains, poignardant leurs occupants ou se faisant sauter avec eux en lançant à bout portant une grenade.


A 4 heures, le 23 novembre donc, une nouvelle ruée commença : environ 300 Japonais se lancèrent, une troisième fois, à l'attaque des positions américaines. Les marines étaient épuisés et les premiers postes furent débordés. La bataille dura cependant une heure et, vers 5 heures, presque tous les Japonais avaient été abattu


Vous avez tué mon fils

Le général Smith annonça que Betio était tombé, le 23 novembre, à 13 h 12. Au total, les pertes américaines à Tarawa avaient été très élevées mais, pour les Japonais, elles étaient effrayantes.

Cinq des sept prisonniers Japonais fait prisonniers sur l'île de Tarawa, Novembre 1943































On ne compta que 146 prisonniers, et encore pour la plupart, des travailleurs coréens. Tout le reste de la garnison, forte au départ de 4 836 hommes, avait été anéanti. Les chiffres donnés par la 2e division font apparaître que 984 hommes des marines et de la flotte ont payé de leur vie la prise de Betio, mais c'est plus de 1 000 qu'il a fallu compter quand tous les rapports eurent été dépouillés. Il faut ajouter à ce chiffre 2 072 blessés.

Des corps de soldats américains sur la plage de l'atoll de Tarawa témoignent de la férocité de la bataille pour ce tronçon de sable lors de l'invasion américaine des îles Gilbert à la fin de novembre 1943. Durant les 3 jours de combat de Tarawa, 1000 Marines sont  décédés, et 687 autres marins de la marine américaine ont perdu la vie lorsque l'USS Liscome Bay a été coulé par une torpille japonaise.

Aux Etats-Unis, les Américains furent horrifiés par les photographies des Marines morts sur les plages de Betio, et des éditoriaux enflammés réclamèrent une enquête du Congrès sur le «fiasco de Tarawa». L'amiral Nimitz lui-même fut submergé de lettres accusatrices de parents en deuil: «Vous avez tué mon fils à Tarawa», écrivit une mère. Mais les enseignements de la bataille furent vite exploités, et allaient sauver de nombreuses vies.

Lien: Tarawa atoll sanglant
Merci aux  scanneurs/retoucheurs/traducteurs/éditeurs pour cette BD. 


Merci au site "les années noires" pour les infos:
http://www.les-annees-noires.fr/index.html

6 commentaires:

  1. Banzaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!
    ありがとう (ございます) mon cher Lulu.

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    1. C'est compliqué de dire merci en japonais...
      Banzai (バンザイ)toi aussi.

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    2. On ne dit pas Merci, ce serait rabaisser son interlocuteur, on s'incline profondément ce que je fais ici avec humilité cher Lulu-san ;)

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    3. Arigatou gozaimasu Doc-san.
      « Il n'y a pas de meilleur miroir qu'un véritable ami. » Proverbe japonais

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  2. Encore excellent, Col. Lulu ! Une belle fiche historique toujours agréable à consulter, on s'y croirait...

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