mercredi 19 avril 2017

Panache - 71 - 77 - 85

 

Panache est une revue de bandes dessinées petit format parue chez l'éditeur Imperia. 417 numéros de octobre 1961 à octobre 1987. 74 recueils.









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Stalingrad  Barricade rouge

Durant l'été 1942, les allemands lancent une offensive de grande envergure, déferlant dans le Caucase vers la Volga, direction Stalingrad.

« 23 août. Grande nouvelle : nos troupes ont atteint la Volga
et se sont emparées d’une partie de la ville. Les Russes
n’ont que deux possibilités : soit se retirer le long de la
Volga, soit se rendre. Mais en réalité, il se produit quelque
chose d'incompréhensible. Au nord, nos troupes prennent
la ville et arrivent jusqu’à la Volga, au sud les divisions
condamnées à la défaite résistent avec ardeur. Fanatiques … »
(extrait du journal du soldat allemand Wilhelm Hoffman)
« 26 septembre. Suite à la prise du silo à grains de Stalingrad, les Russes ont continué à se battre tout aussi vaillamment. On ne les voit pas, ils sont assis dans les maisons et les sous-sols et tirent dans toutes les directions, ils utilisent des techniques de brigands. Les Russes ont complètement cessé de se rendre. Et si nous avons un prisonnier, ce n'est que parce qu'il est mortellement blessé et qu’il est incapable de bouger. Stalingrad : c'est l'enfer. Ceux qui ont simplement été blessés, les veinards, seront envoyés chez eux et ils fêteront la victoire en famille… »
(extrait du journal du soldat allemand Wilhelm Hoffman)

A partir d'août, des combats acharnés s'y déroulent autour de chaque maison, chaque étage et même chaque chambre car DCA, armes antichars, lance-roquettes et mitrailleuses sont réparties à travers toute la ville. La gare, par exemple, changera treize fois d'occupant.

Mon Dieu ! pourquoi nous avez-vous abandonnés ? Ecrit un lieutenant de la 24e division blindée. Il y a quinze jours que nous nous battons pour une seule maison, à grands coups de mortier, de grenades, de mitrailleuse… et de baïonnette. Dès le troisième jour, les corps de 54 des nôtres jonchaient le sol, à la cave, sur les paliers, dans l'escalier… Le front ? C'est un corridor entre deux chambres incendiées, un mince plafond entre deux étages. La seule aide que nous recevions nous vient des maisons voisines, par les escaliers de secours et les cheminées.D'étage à étage, le visage noirci, on se bombarde avec des grenades, au milieu d'explosions, de nuages de poussière et de fumée, de monceaux de plâtres, de flot de sang, de débris de mobilier et de fragments d'êtres humains. Demandez à un soldat ce que représente seulement une demi-heure de combats corps à corps dans de pareilles conditions. Et imaginez Stalingrad : 80 jours et 80 nuits de corps à corps… On ne mesure plus les rues par mètres, mais par les cadavres qui les jalonnent.

































La population et les soldats mènent une guérilla urbaine à grande échelle. Les Soviétiques avaient appris et testé la tactique pendant la guerre d'Espagne. Partout, on se tapit dans les caves, les égouts, les grottes et passages souterrains aménagés un peu partout en réserves et entrepôts.

« 25 octobre. Je fais la guerre ici depuis plus d'un mois, nous nous battons dur. Nous détruisons tous les jours cent nazis. Nous chasserons les nazis de Stalingrad ! Nous respecterons les ordres : nous protégerons le Caucase! »
(extrait des lettres de l’instructeur politique Nikolaï Danilov)
« 26 décembre. Tous les chevaux ont été mangés. Je mangerais bien un chat, on dit que la viande de chat est bonne. Les soldats ressemblent à des cadavres ou à des somnambules, qui recherchent quelque chose à se mettre sous la dent. Ils n'essaient même plus de se mettre à l’abri des missiles russes, plus de force pour bouger ou se cacher »
(extrait du journal du soldat allemand Wilhelm Hoffman)

On se bat par petits groupes dispersés qui, ainsi, peuvent opérer le plus près possible des allemands, de sorte que ceux-ci n'osent plus bombarder par crainte de toucher leurs propres troupes. La grande majorité de la population de Stalingrad reste sur place et participe aux combats, continue à travailler dans des usines et ateliers en ruines et assure l'approvisionnement.



« Je me souviens que des camarades en France disaient : ‘Eh bien, maintenant on va aller en Russie, on va goûter le jambon d’ours, qu’est-ce qu’ils n’ont pas là-bas’. Ils pensaient que nous allions continuer avec le même succès qu'en France. La façon dont les choses ont tourné fut un véritable choc pour tous ». 
(extrait des souvenirs de l’artilleur Heinz Hun)

En septembre, les allemands  atteignent quand même la Volga et s'emparent de la quasi-totalité de la ville, sans toutefois pouvoir prendre possession des grosses usines, qui se trouvent sur la Volga. Ces usines ont toutes des noms historiques et sonores: Traktor - où, la nuit, on répare les chars -, Barricade, Octobre Ce sont de vraies forteresses et des têtes de pont pour le gros de l'Armée rouge qui a dû se replier de l'autre côté du fleuve.



Attention: Les images et textes proviennent des magazines Signal et Der Adler. Ceux-ci s’adressent à un public averti, en effet servant la propagande nazi, les articles parus dans Signal et Der Adler, ne sont évidemment pas le reflet de la vérité, mais ils peuvent être à la base de réflexion et de travaux sur cette période terrible.


Dans le secteur «Barricade rouge»
Le correspondant de guerre lieutenant Benno Wundshammer rapporte ses impressions d’un coin du champ de bataille de Stalingrad.

Après avoir accompagné, des semaines durant, une escadrille de Stukas dans ses vols sur Stalingrad, l’auteur s'est rendu dans la zone de combat que les aviateurs ne voient que de très haut. Il décrit un épisode de cette bataille dont un officiera dit: «Stalingrad est une forteresse. Mais une vraie forteresse est construite d’après un système. On peut le reconstituer et déchiffrer son plan. Puis, on l'attaque méthodiquement. Stalingrad n’a pas de plan. C’est un chaos d’ouvrages défensifs, une énigme. A chaque moment, on a de nouveaux problèmes à résoudre. C’est ce qui rend le combat si dur...»




Deux photos caractéristiques des combats de Stalingrad

Les chars et l'artillerie sont maîtres du terrain entre un bloc de maisons et la Volga, à l'arrière-plan. Un petit groupe de voltigeurs s'approche lentement et prudemment du fleuve en face duquel il prendra bientôt position.

Devant une tranchée au centre de la ville un autre groupe est accueilli par des salves. Il n'attaque pas, mais se met à l'abri, jusqu'à ce que le char auquel il est affecté soit venu écraser le nid bolcheviste.
Clichés du corresp. de guerre Herbert (PK)




Le commandant de notre escadrille de Stukas m'avait dit : « Allez donc un peu voir la chose d'en bas. Soyez de retour en deux jours ! »
Je me trouve dans le poste avancé d'un corps d'aviateurs : des ruines de maisons, un toit, un périscope ; devant, une longue file de pans de murs ; derrière, des plis de terrain et des boqueteaux.
Un château d'eau métallique se dresse comme un doigt levé par-dessus la colline vaporeuse, à peu près au centre de la zone. C'est l'objectif « Do­ra VII », que nous attaquions hier en piqué.

Dans la ville
Une forte odeur de brûlé nous gagne. Des cadavres de chevaux au ven­tre gonflé dégagent une puanteur atroce. Des prisonniers et des fuyards nous croisent. Ils titubent. Nous entrons dans la ville. J'ai déjà vu beaucoup de villes où l'incendie de la guerre avait fait rage ; jamais je n'eusse prévu une aussi totale dévastation. L'équipement technique prodigieux d’une cité industrielle moderne est ravagé, brûlé, en ruine, en tas, en décombres. Des gares entières ne sont plus que de monstrueux enchevêtrements de ferrailles déjà rouillées. Au bord du chemin, un cadavre de soldat. Il tient encore dans son poing un pistolet automatique que je n'ai pas le cœur de lui arracher.
Nous rampons parmi les ruines. Partout, l’ennemi a vue sur le terrain, et les obus de ses pièces lourdes hurlent à intervalles irréguliers. Nos hommes sont tapis dans des caves et sous des voûtes éboulées. Ils y font la cuisine, jour et nuit en alerte. Un fantassin nous répète : « Chaque maison était un blockhaus. L'ennemi tirait à la fois des caves et des greniers. C'étaient, généralement, de petits groupes d'une quinzaine d'hommes, sous le commandement d'un officier ou d'un commissaire. Rien ne pouvait les faire sortir de leurs refuges. Péniblement, on s'approchait, et peu à peu on les réduisait au silence, en les arrosant de grenades à main. A mesure que la Luftwaffe, dans un tonnerre, écrasait rue après rue, en enfilade, les bolcheviks édifiaient, pendant la nuit, de nouveaux fortins dans les décombres. Ils élevaient des barricades à notre nez, pour ainsi dire. Nous en avions le souffle coupé !... » Sautant de mur en mur, nous atteignons la rive en terrasses de la Volga. Le géant de l'Europe s'étend à nos pieds. Sur l'autre berge, parfaitement dissimulé derrière des buissons et des arbres, l'ennemi épie chacun de nos mouvements. Nos hommes sont postés dans leurs fortins, surveillant le fleuve, et se souciant surtout de voir arriver leur ravitaillement.

A cent mètres de l’ennemi
Une auto blindée des radios de la Luftwaffe nous prend à bord. Ils ont pour tâche de résoudre certaines questions tactiques au milieu de lignes avancées d'infanterie. Je ne puis rien dire de plus de leur mission. Un lieutenant commande la voiture. Par chance, je reconnais en lui un sous-officier instructeur du temps où j'étais jeune recrue.
« Nous allons dans le nord de la ville, de là nous pourrons atteindre les éléments avancés. » Nous démarrons bruyamment. Les grincements et le fracas des chenilles absorbent tout bruit. Des chemins — des ornières ! — défoncés par le passage des voitures, conduisent vers l'avant. A droite et à gauche, des batteries d'artillerie. Elles grondent régulièrement. Peu à peu disparaît toute trace de vie. Des entonnoirs, des cadavres, des voitures, des chars et des canons, tout cela hors de combat, pulvérisé. Le champ de bataille est sans mouvement. Ici et là, un nuage blanc rond s'élève des amas de décombres. Le lieutenant indique : « Mortier de tranchée. » Tout est comme silencieux.
Nos yeux d’aviateurs ne sont pas exercés aux détails de cette perspective. Nous traversons une ville qui n'est plus qu'une ruine, un spectre.
Parfois, rarement, on voit des fantassins. Courbés sous le casque d'acier, ils avancent par bonds très courts, très brefs. Quand ils s’élancent, rapides comme des explosions, et plongent dans un entonnoir, on peut être certain qu'un moment après s'élève de nouveau un nuage de poussière.
Notre voiture s'arrête entre des cabanes de bois à demi consumées. Nous descendons. L'ennemi est à cent mètres. Invisible. C'est la plus grande surprise : du chaos, nul signe de vie ne jaillit. Çà et là, nous découvrons difficilement l'entrée d'un abri. Un fantassin, étonné, nous considère jusqu’à ce que le sifflement des balles le contraigne à rentrer dans son trou.


No man's land à travers Stalingrad. Le lieutenant d'aviation Benno Wundshammer correspondant de guerre de «Signal», a photographié au téléobjectif les premières lignes pendant la bataille de Stalingrad. A ce moment, on s’y battait encore pour s’emparer de la puissante fabrique de canons « Barricade rouge». Un des immenses ateliers se dresse derrière le misérable quartier d'habitations ouvrières. Une flèche indique l'endroit où se trouve, dans un trou, le guetteur allemand le plus avancé.


Devant « Barricade rouge »
Nous suivons le fond d'une tranchée. Par-dessus le parapet, nous apercevons la Volga, s'étendant le long de clôtures et de bâtiments d'usines. De hautes maisons rouges, vermillon, illuminées par l'incendie, se détachent sur le ciel bleu. Au loin, on entend les aboiements rageurs d’une mitrailleuse ; les balles sifflent dans les jardins. Les torpilles font entendre leurs « Voum ! Voum ! ». Parfois une détonation courte, perçante, aiguë : le coup de feu des tireurs d'élite.
Nous pénétrons dans une cave. Dans la pénombre, j'aperçois une caisse remplie de grenades, de pistolets automatiques et un pistolet lance-fusée avec un petit tas de cartouches. Cet arsenal, à portée de la main, procure une sensation presque reposante. Par une échelle, on atteint aux combles de la maison, construite en bois et dont, d'ailleurs, la façade postérieure n'existe plus. En haut veille un sous-officier. Au fronton du toit oblique, un périscope a été dressé, un caporal surveille les alentours. Je me penche sur l’oculaire et je regarde ces rues où, à cent mètres, l'adversaire est posté. Je ne vois que des cabanes en bois et, au fond, une grande usine. C'est la forteresse « Barricade rouge », hérissée de canons, qui a donné son nom au quartier tout entier. Le caporal m'explique : « Dans les maisons, là, les bolcheviks. » Je ne vois rien, personne. Là, seulement, un jet de poussière. « Oui, dit le caporal, là, il y en a un. Plus loin, en avant, juste au-dessus de la motte de terre jaune, c'est notre guetteur le plus avancé. »
Quelques secondes, je distingue le sommet d'un casque allemand. C'est comme un désert de combat. Cela semble vierge de toute présence humaine. Seuls, le grondement des mortiers et les rafales des invisibles mitrailleuses révèlent la bataille. Bien cachés, terrés, tenaces, rusés, les adversaires s'épient.
Je regarde l'usine. Une vapeur blanche fuse de l’intérieur. Le caporal déclare : « Là, nous avons découvert un grand nombre de mortiers. » Je veux voir, je n'aperçois, çà et là, que de petits nuages de poussière entre les cabanes démolies. « Cela suffit, nous n'avons pas besoin d'en voir davantage », me dit le sous-officier pour me consoler. Soudain, un mugissement formidable nous couche à terre, nous roule comme des pelotes. Puis une détonation énorme : « Encore un qui n'est pas tombé loin... », dit le caporal, placide, en se relevant. Vingt mètres plus loin, à gauche, une cabane flambe. Le caporal est de nouveau installé devant son périscope, et le sous-officier téléphone.
Rampant, glissant, bondissant, nous retournons à notre poste avancé. De nouveau, un mugissement ; au-dessus de nous, une détonation assourdissante.
La D.C.A. participe à l'action et règle ses fusants. Des éclats se fichent dans le bois vermoulu des cabanes. Deux fantassins en portent un troisième, inerte, la tête pendante, ses cheveux blonds flottant au vent. Nous poursuivons notre chemin. Derrière le plus proche mur de briques, un soldat, penché sur une caisse, rédige son courrier. Il ne se préoccupe ni de l'artillerie, ni du vacarme, ni des éclats, il est absorbé par une tâche bien plus importante.
Comme je lui demande si ça va, il me répond : « Merci, très bien ! Le ravitaillement arrive... La matinée est calme. L'après-midi sera plus dur, les Stukas doivent attaquer devant nous. Leurs gars sont des types rudement... »
Je n'ose pas dire à l'homme que je suis de son avis. Il ne me croirait peut- être pas.



Dans la ville ouverte non évacuée, devenue forteresse...
L'envoyé de «Signale commente ainsi la photo de gauche: «C'est un spectacle tragique de voir la population civile de Stalingrad. Une rue du nord de la ville est sous le feu continuel des lance-grenades. Soudain un civil jaillit de son abri. Après des semaines d'angoisse et d'attente, il se décide à fuir avec le peu qu'il possède encore. A 400 mètres de la ligne de feu, des femmes viennent vers nous. Que veulent-elles? L'une d'elles, terrorisée par les projectiles qui pleuvent, a perdu ses enfants; ils sont égarés, cachés on ne sait où, dans une cave. Une autre s'approche en pleurant. Voici trois jours qu'elle n'a rien mangé. Nous lui donnons du pain. Peu à peu, des femmes, des vieillards, des enfants se risquent et pénètrent dans nos lignes, à mesure qu'elles se déplacent vers l'avant. Ces malheureux s'agglomèrent aux abords de la cité, le long de nos routes de marche et de ravitaillement pour être évacués vers l'ouest (photo ci-dessus). Cette colonne de fugitifs s'étend déjà jusqu'au Don, à des centaines de kilomètres vers l’arrière ..."
Sur la route d'exode vue d'un avion. Un groupe de fugitifs a constaté que des camions allemands qui retournent à vide vers l’arrière recueillent les civils. Tout près d'un char soviétique détruit, on charge sur la dernière voilure d'une colonne les bagages de fugitifs; un autre groupe attend la prochaine voiture qui l'emportera.




3 commentaires:

  1. Quel Panache! :4:
    Mille mercis mon cher Lulu :10:

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    1. Ces derniers temps, mes fiches sont mon Stalingrad à moi. Heureusement qu'il y a Zizou et le Doc pour fairent des commentaires. ..sinon ce serait le goulag assuré.

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  2. Magnifique fiche de l'Histoire.Merci et pour ce cours magistral et pour ces 3 num.

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