samedi 22 avril 2017

Totem - 020


 

Totem est une revue de bandes dessinées parue chez l'éditeur de petits formats Aventures & Voyages qui a eu 66 numéros d'août 1970 à novembre 1986. Format de parution 13 * 18 cm. Principalement des récits de western comme par exemple les épisodes comme Gringo de Medina Manuel et Suso, Hors La Loi (Universo), Chat Sauvage de Tinoco Claudio, mais aussi une multitude de séries humoristique.



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GERONIMO

Geronimo, né le 16 juin 1829 dans la tribu apache Bedonkohe près du Turkey Creek, affluent de la rivière Gila (Nouveau-Mexique, alors sous domination mexicaine), et mort le 17 février 1909 à Fort Sill (Oklahoma, États-Unis), appelé à sa naissance Go Khla Yeh (« celui qui bâille »), parfois écrit Goyathlay


Le massacre de Kashiyeh


Durant l'été de 1858, un groupe d'Apaches de la branche des Bedonhoke s'était rendu jusqu'à la ville mexicaine d'Arizpe afin d'y effectuer des échanges. Puisqu'il s'agissait d'une période de paix, de nombreuses squaws, enfants et vieillards s'étaient joints à la colonne.

Ces personnes avaient été laissées au camp établi dans la vallée de Kashiyeh, à une demi-journée de marche au nord d'Arizpe tandis que les guerriers s'étaient rendus à leurs affaires. Parmi les guerriers, il s'en trouvait un du nom de Goyathlay (celui qui baîlle) qui, lui-même, avait laissé au camp son épouse, Alope, ses trois enfants et sa mère.


Sur le chemin du retour, les guerriers croisèrent une colonne de cavaliers mexicains qui revenaient du Nord. Méfiants, les Indiens se dissimulèrent dans la végétation afin de laisser passer les militaires, puis ils reprirent leur avance en direction du campement aux abords duquel ils parvinrent à la nuit tombante.
L'un des éclaireurs revint alors et signala au chef, Mangas Coloradas, qu'aucun feu ne brûlait dans le camp. Les Indiens durent patienter plusieurs heures avant d'aller se rendre compte de la situation, de crainte de tomber dans un piège. Lorsqu'à la faveur de la nuit ils s'approchèrent enfin, ce fut pour découvrir que toutes les tentes avaient été abattues et leur contenu répandu sur le sol.

Les morts étaient partout et Goyathlay lui-même ne tarda pas à découvrir le corps de sa mère dans les restes de sa tente. 










Le corps de son épouse Alope gisait en bordure d'un bois aux côtés de ses deux jeunes fils. Le garçon le plus âgé était mort lui aussi, un peu plus loin avec la face tournée vers sa mère. Goyathlay n'eut aucun mal à imaginer les événements : Alope aurait pu atteindre le bois si elle avait été seule mais elle avait voulu sauver les deux jeunes garçons; son fils aîné avait pu atteindre le bois mais il avait vu sa mère tomber et était revenu à son secours...
Au total, 60 Indiens désarmés avaient été massacrés, dont 5 proches de Goyathlay.
De rares survivants finirent par être découverts, terrifiés, dans les bois environnants. Ce fut ainsi que les Indiens apprirent que les Mexicains étaient à l'origine du massacre et que le profit était à l'origine de ce déchaînement de violences : les Mexicains payaient cent dollars d'or pour le scalp d'un guerrier, 50 dollars pour celui d'une femme et 25 pour celui d'un enfant.

Les Indiens s'occupèrent des funérailles de ceux qu'ils avaient perdus puis s'éloignèrent vers le Nord. La vengeance était en marche.






























Le 30 septembre 1859, les Indiens parvinrent en vue d'Arizpe, Les Apaches avaient bien choisi leur cible. Riche petite ville agricole, ancienne capitale de l’État de Sonora, elle était située dans une vallée étroite de la Sierra Madré juste à la sortie d’un canyon et au confluent de deux fleuves, relativement isolée des villes plus peuplées du Sud.
Les Apaches descendraient sur leur proie de l’est, par des montagnes escarpées qui leur permettraient d’arriver très près de la ville sans être vus. Ces montagnes leur serviraient également de refuge en cas de défaite. Aucun soldat mexicain n’oserait suivre des Apaches dans un terrain aussi propice aux embuscades.
Cette nuit-là, les Apaches avaient déjà choisi le camp secret où ils cacheraient leurs femmes et leurs enfants ; déjà désigné le petit nombre d’hommes qui resteraient en arrière pour les protéger ; déjà décidé des lieux de rencontre en cas de désastre. Maintenant il n’y avait plus que la nuit et la danse de guerre.

Personne ne remarqua le passage des Apaches dans la vallée du fleuve Yaqui. Glissant comme un seul corps souple, ils passèrent dans le noir devant les lumières du village de Nacozarl. Aucun fermier, aucun éleveur de bétail ne remarqua le serpent humain grimpant juste avant l’aube dans les montagnes à l’ouest de la vallée. Quand les Apaches atteignirent ce sommet-là, ils s’arrêtèrent. Loin en bas, les premiers rayons de soleil illuminaient la vallée étroite, arrosée par le fleuve Sonora, qui menait à Arizpe.
Vers la fin de l’après-midi du 28 septembre 1859, les citoyens d’Arizpe remarquèrent parmi les arbres au-delà des champs, de l’autre côté du fleuve, plusieurs guerriers apaches se tenant debout et immobiles comme des statues.
Les cloches de l’église d’Arizpe se mirent immédiatement à sonner avec le rythme rapide de l’alarme. Les fermiers quittèrent leurs champs en courant, poussant leurs lourds chevaux de labour au trot. Bientôt, dans les rues et les bâtiments publics d’Arizpe il n’y eut qu’un seul mot sur toutes les lèvres : « Apaches ! Que veulent-ils ? Pourquoi restent-ils là sans bouger ? Ce n’est peut-être qu’un raid. On pourrait leur proposer des cadeaux. Il faut essayer de parlementer ! Oui, mais qu’ils voient aussi nos soldats ! »




Les Apaches attendirent. Au bout d’une heure, huit cavaliers émergèrent des bâtiments blancs devant la ville vers le fleuve. Goyahkla, qui se trouvait parmi les Apaches debout et visibles, regarda froidement leurs larges sombreros, leurs pantalons évasés à partir du genou, leurs bottes pointues. Il écouta avec un frisson de haine le tintement des grosses molettes de leurs éperons.

Puis, quand ils eurent traversé le fleuve et qu’ils chevauchèrent vers les Apaches toujours immobiles sous les arbres, il remarqua leurs sourires. Les Mexicains à Kas-ki-yeh avaient souri, eux aussi.


Les huit Mexicains continuaient d’avancer, continuaient de sourire, leurs sombreros dansant au rythme des chevaux. « Amigos ! criaient certains. Nous ne vous voulons aucun mal ! » Peu à peu, la distance entre les Mexicains et les Apaches immobiles se réduisait.

Quand les Apaches purent voir les gouttes de sueur sur les visages des Mexicains, il y eut un bruit sourd puis un sifflement venu du haut des arbres. Une dizaine d’arcs invisibles avaient lâché leurs flèches. En quelques secondes, les Apaches arrachèrent les huit hommes de leurs chevaux. Ils leur donnèrent une mort rapide.


Une compagnie d'infanterie mexicaine,
suivie de deux chariots de munitions,
quitta la ville pour se diriger
vers la concentration d'Apaches.
Mais, au crépuscule de ce 29 septembre, les Mexicains payèrent cher la précaution excessive de leur commandant qui, malgré la courte distance le séparant d’Arizpe, avait emmené un convoi de ravitaillement sur le champ de bataille. Une compagnie d'infanterie mexicaine, suivie de deux chariots de munitions, quitta dès lors la ville pour se diriger vers la concentration d'Apaches.
Ceux-ci se dispersèrent rapidement dans les collines et l'officier mexicain eut brièvement l'impression que l'ennemi s'enfuyait et qu'il était à sa poursuite. 

Soudain, une flèche l'étendit raide mort et de nombreux Mexicains tombèrent sous les traits tirés des buissons  environnants.

Affolés, les Mexicains battirent rapidement en retraite. Goyathlay abattit lui-même les deux soldats postés sur un chariot à munitions et s'empara de ce dernier avant de le ramener vers les chefs. Comme d'autres guerriers l'avaient imité, ce furent deux chariots bourrés de fusils, de munitions et de vivres qui tombèrent aux mains des Indiens tandis que les Mexicains survivants refluaient vers la protection de la cité. Toute la journée les Apaches avaient guetté ces mulets avec leurs gros fardeaux. Maintenant ils avaient non seulement de quoi manger sans être obligés d’envoyer des hommes à la chasse, ils avaient aussi et surtout une abondance de fusils et de munitions. Combien de fois dans leur histoire les Apaches furent-ils contraints d’abandonner une bataille par manque de munitions... À Arizpe, ce ne serait pas le cas.

Maintenant les gens d’Arizpe avaient compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple raid mais d’une véritable déclaration de guerre. En tuant les huit Mexicains, les Apaches avaient obligé les défenseurs d’Arizpe à sortir de la sécurité de leurs murs, à se battre là où eux, Apaches, voulaient qu’ils se battent. Ils laissèrent les morts où ils gisaient et s’installèrent devant Arizpe pour la nuit, en postant des sentinelles tout autour de leur camp.
Le lendemain matin, exactement comme prévu, le commandant de la garnison d’Arizpe sortit avec son infanterie, laissant la cavalerie dans la ville pour la protéger d’un éventuel assaut. En lignes ordonnées, les soldats traversèrent le fleuve et avancèrent au combat.
Ce fut une longue journée d’escarmouches qui n’eut aucun résultat décisif. Mexicains et Apaches savaient très bien que la vraie bataille n’avait pas encore commencé.
Pendant une nouvelle nuit, les guerriers des tribus unies campèrent devant la ville mexicaine. Et une nouvelle fois l’aube révéla aux habitants d’Arizpe que les Apaches étaient toujours là.
C’était le 30 septembre 1859, le jour de la Saint-Jérôme.
Vers dix heures du matin, deux compagnies d’infanterie, flanquées de deux compagnies de cavalerie, émergèrent des bâtiments blancs.































Certains Apaches qui avaient vu les soldats à Kas-ki-yeh reconnurent alors ces cavaliers comme ceux-là mêmes qui avaient massacré leurs familles.
Goyahkla s’adressa alors à Cochise, à Juh et à Mangas Coloradas :
— Je ne suis pas un chef et ne l’ai jamais été. Mais maintenant je vous le demande, au nom de tout ce que j’ai perdu, laissez-moi diriger la bataille. Faites de moi, pour ce jour seulement, le chef de guerre.
Les trois chefs donnèrent leur accord. Alors Goyahkla passa à l’action, lucide, animé par une vision d’une clarté totale. Il fit dissimuler 30 tireurs avec fusil et 30 excellents archers dans un bois proche de la piste sur laquelle s'étaient engagés les Mexicains. Ensuite, il plaça le reste de ses forces aux abords d'un torrent, à 200 mètres dans la direction opposée. La berge du torrent formait un retranchement naturel vers lequel il espérait que les Mexicains se dirigeraient une fois pris sous le feu des tireurs indiens. En peu de temps, les Indiens disparurent totalement du paysage. Les guerriers étaient placés dans un immense demi-cercle en forme de U. Puis il employa à nouveau la technique de l’attente, laissant les soldats entrer le plus loin possible dans le U.

Lorsque les Mexicains firent leur apparition, tout un flanc de la colonne se trouva exposé aux tireurs et archers apaches. L'officier mexicain donna immédiatement l'ordre prévu : la retraite vers le torrent...

Les soldats reculèrent en bon ordre en tirant contre le petit bois afin de couvrir leur mouvement qui les amenait, à leur insu, à portée de la principale force indienne dissimulée dans le lit du torrent.






















































Lorsque les Mexicains parvinrent à quelques mètres, les Indiens surgirent et engagèrent le corps-à-corps.



























Les chevaux de cavalerie, parfaitement entraînés en vue d'une bataille traditionnelle, paniquèrent et leurs cavaliers ne purent faire aucun usage de leur longue lance. Les fantassins disposaient du long fusil de l'époque, pâle copie du fusil anglais Brown Bess déjà en usage avant les guerres napoléoniennes, qui ne valait pas grand-chose en combat rapproché. Les Apaches ne jouaient pas le jeu de la guerre tel que les Mexicains le comprenaient. Ces derniers furent confondus, terrorisés par ces ouragans humains qui semblaient surgir de partout à la fois, tirant tantôt des flèches, tantôt des balles, ou chargeant avec leurs longues lances meurtrières. Les troupes mexicaines, privées d’une stratégie d’ensemble, furent obligées de se battre par petits groupes. Il y eut une telle confusion sur le champ de bataille que les gens guettant derrière les fenêtres d’Arizpe furent incapables de se rendre compte si c’étaient les soldats qui remportaient ou bien les Apaches. Lorsque plusieurs fantassins tentèrent de s'éloigner afin de recharger, ils furent abattus par les tireurs d'élite de Goyathlay qui suivaient de loin la retraite mexicaine.
























Complètement paniqués, les Mexicains commencèrent à déserter sans se rendre compte que les Apaches étaient deux fois moins nombreux qu'eux. Le corpulent commandant mexicain tenta de rassembler quelques dizaines d'hommes dans une boucle du torrent. Goyathlay bondit sur l'officier et eut tôt fait de lui trancher la gorge. La mort du chef des Mexicains acheva leur débâcle et, au bout de deux heures, il ne resta plus un seul soldat mexicain debout sur le champ de bataille.

Un cri retentit soudain au-dessus du champ de bataille. Était-ce un Mexicain mourant invoquant le saint ?
— Géronimo ! Géronimo !
Ou bien était-ce un Mexicain vivant quémandant le secours divin contre le guerrier fou qui ne faisait pas de quartier et dont toutes les flèches et toutes les balles étaient meurtrières ?
— Géronimo ! Géronimo ! Géronimo !
Le cri s’éleva encore et encore.
Les tireurs et les archers de Goyathlay massacrèrent les fuyards.









La bataille dura deux heures. À la fin, les Apaches avaient perdu beaucoup de guerriers mais beaucoup moins que les Mexicains. Leur victoire fut totale.

Les Mexicains tentaient de se défendre en hurlant "Santo Geronimo, Santo Geronimo!". Il décide alors de changer son nom par celui de "Geronimo". (Geronimo à l’extrême droite)


6 commentaires:

  1. Merci a lulujojo , pour cet fiche et ce petit bijou de la bd de vieux amateurs .

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  2. Merci sergent Lulu pour ce précieux totem ! J'ignorais totalement l'existence de cette bataille, jamais évoquée, me semble t-il, par le genre western au cinéma. Très belle fiche donc. Très instructive. Merci également pour le petit format ! C'est un classique.

    Fana-Mili (quel que soit le champ de bataille)

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  3. Merci pour cette fiche exhaustive ainsi que pour ce Totem.

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  4. PIWAKILA à Geronilulu pour sa superbe fiche :10:

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  5. Merci à vous tous pour vos commentaires. Ça fait plaisir.

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  6. Merci bien pour ce cours d'histoire.

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