lundi 15 mai 2017

Vigor - 112 - 114 - 125















 


Vigor est une revue de l'éditeur Arédit/Artima dans la collection Courage-Exploit et Héroïc. 270 numéros de janvier 1954 à mai 1986.


  • 1re série : la revue a démarrée en Récit Complet jusqu'au N°102 de juin 1962 (plus le numéro spécial de 68 pages, non-numéroté, de avril 1957). Le format était alors de 17,5 x 23 cm pour 36 pages. Les numéros 47 et 54 ont aussi été publiés en format Spécial 68 pages.


  • 2e série : elle est ensuite passé au format 13 x 18 cm pour 68 pages. Elle est passée dans la collection Courage-Exploit au N°182, puis Héroïc au N°221 avant de revenir en Courage-Exploit au N°256. 



Lien: Vigor - 112
Lien: Vigor - 114


Lien: Vigor - 125
Merci au  scanneur/retoucheur pjp pour le n°125.


Bonne Lecture

Bataille d'Ortona ou le Stalingrad Italien.

Sur la côte des Abruzzes se trouve une petite ville médiévale italienne typique, en pierre. La région se trouve à 200 km à l'Est de Rome le long de la côte Adriatique.

C'est là que se termine, au sud du village d'Ortona, la ligne
défensive allemande "Gustav". 
Photo de reconnaissance aérienne de la ville d’Ortona prise avant la bataille.
La ville et sa proche région sont occupées par la 1ère Division allemande de parachutistes. Cette unité de combattants d'élite, aguerrie et motivée, certains ont combattu à Stalingrad, sera l'arrière garde de l'armée allemande, leur mission sera de retarder l'avance des alliés le plus longtemps possible, en faisant un maximum de dégâts dans les rangs adverses.
Cie B des Seaforth Highlanders se déplaçant le long d'un chemin côtier miné, 21 déc 1943. Le village d'Ortona est visible dans le lointain. 

Ortona se prête bien à une défense, car elle est bordée à l'Est de falaises menant au port, et à l'Ouest se trouve un long ravin. Les Allemands passés maîtres dans l'art de la défense ont bloqué le port d'épaves et rasé l'avant-ville, offrant un no man's land devant le ravin.

 


Le village médiéval est formé de rues étroites, densément bâti, en lacet, les maisons de pierres épaisses offrent des abris de premier ordre sur plusieurs étages, les caves profondes sont reliées entre elles par des ouvertures. Au centre du vieux quartier se dresse la cathédrale San Tommaso, observatoire idéal de la ville, celle-ci est toute bordée de bâtisses anciennes.


Il n'existe qu'une seule voie assez large pour permettre l'usage des blindés, le corso Vittorio Emanuele, 
s'étendant du nord au sud, le boulevard borde les différentes places de la ville.

Les Allemands savent très bien que le terrain n'est pas propice aux chars ou aux véhicules de soutien, et que le combat sera pour les fantassins. Leurs intentions sont de diriger l'adversaire vers le centre du village sur la Piazza municipale pour faire un massacre. L'adversaire se trouve être la 1ère Division d'infanterie canadienne, de la 8éme armée Anglaise de Montgomery qui remonte par la côte Est, après plusieurs semaines de combat sur la rivière Moro où ils se sont particulièrement illustrés.

Les Allemands n'ont pas le temps de construire des casemates ou points d'appui bétonnés, ils vont utiliser ce qu'ils ont sous la main. Ils vont détruire les angles des maisons aux différents carrefours stratégiques de la cité et se servir des gravats pour hérisser des barricades. Les maisons n'ayant plus d'angles les Canadiens vont avoir beaucoup de mal pour accéder aux quartiers de la ville, les Allemands ayant disposé des nids de mitrailleuses au bon endroit ils couvrent littéralement les rues de leurs feux.

Il y a mention d'au moins deux canons de 88 bien orientés afin de détruire les éventuels chars alliés qui se risqueraient à avancer. 


























L'usage des mines est également l'une des grandes composantes de cette défense, un savant mélange de mines AP AC dissimulées dans les bâtiments détruits, certaines pouvant être actionnées par un homme à distance, ravageuses pour les hommes et les chars. Certaines charges sont même doublées, de cette manière, le démineur pense avoir retiré l'amorce de la mine, la soulève et la seconde, en dessous, explose. D'autres sont cachées avec soins sur des objets anodins casques, musettes, rations, etc. les Allemands utiliseront beaucoup les mines italiennes en…bois.

Plus les Canadiens se rapprocheront du centre plus le réseau de défense est dense et improvisé avec intelligence. Les Canadiens apprendront très vite que la pire façon d'entrer dans une maison c'est par la porte.

Nous sommes 5 jours avant Noël 1943, le temps est froid, une pluie mêlée de neige tombe sur la côte italienne. Les Canadiens vont faire l'amère expérience des combats urbains, qu'ils n'ont pas encore rencontrés, c'est d'ailleurs la première fois que des troupes alliées se trouvent confrontées à un combat dans ce type de milieu. En raison du froid intense et du type de combat, le surnom de Stalingrad sera donné à la ville par les Canadiens. L'étroitesse des rues et la manière dont les Allemands ont pensé la défense de la ville feront que la chaîne de commandement sera réduite au strict minimum, à l'échelle de la compagnie ou du squad, les décisions se prendront sur le terrain face à une difficulté et non sur un plan d'ensemble où la stratégie générale ne pourra pas s'appliquer du moins au début. Il est vital de connaitre les informations de la ville, sa configuration, tout cela va manquer aux attaquants, en mal d'expérience. Passer d'un type de combat en rase campagne à celui d'un combat en ville demande de la part du commandement une certaine gymnastique intellectuelle qui malheureusement pour les Canadiens, n'est pas à l'ordre du jour. L'adaptabilité du fantassin sera ici mise à dure épreuve et l'expérience nécessaire à la progression, sera celle apprise dans la pièce d'à côté.

L'avant-garde canadienne se dirige dans un premier temps vers les faubourgs sud de la ville, point de départ de la progression. 


























Tout le soutien d'arme disponible sera employé dès le début de la progression, aviation, artillerie, blindés. Le premier combat sera d'entrer dans la ville et de prendre la première maison de l'enceinte.

De là le major général Christopher Vokes se rend compte rapidement que les rues sont bloquées par des gravats et rendues impraticables aux véhicules, et donc aux soutiens directs de l'infanterie. La première des choses à faire est de prendre appuis dans les bâtiments les plus proches afin d'avoir une base feu pour la progression ultérieure. Mais nul char ou tir d'artillerie n’est utile, impossible aux blindés d'avancer et le tir d'artillerie risque de toucher les hommes tant les combats sont rapprochés. Il faut faire avancer les canons antichars à bras d'homme dans les gravats ou déjà les sapeurs retirent les mines en place.

Trois hommes de la Brigade d'infanterie canadienne s'apprêtent à lancer une grenade dans une cachette de tireurs isolés.


































Avancer à découvert dans les rues est suicidaire comme l'apprendront à leurs dépens les hommes du Loyal d'Edmonton et le manque d'angles aux coins des rues facilite le tir croisé des snipers et MG42. Les Canadiens découvrent rapidement que le meilleur moyen d'avancer est de passer par l'intérieur des maisons, percer les murs et progresser de bâtisse en bâtisse. Par petits groupes voire même deux hommes à la fois ou seul selon le cas la progression devient de plus en plus technique et meurtrière.


L'exemple le plus notoire de démolitions allemandes était quand une maison occupée par un peloton des Loyal Edmonton commandé par le lieutenant ED Allen a été dynamitée par les pionniers allemands. Vingt-trois hommes sont morts et le seul survivant, le caporal Roy Boyd, a été pris au piège dans les décombres pendant trois jours avant d'être secouru.

Par des réseaux souterrains, caves ou caches les Allemands attendent le passage de l'ennemi pour surgir dans son dos, ce qui nécessite un deuxième nettoyage voir même plusieurs de suite.

Panzerschreck
Panzerfaust
















L'usage des armes de tranchées revient, grenades, mortiers, pour les Allemands le lance-flamme et l'apparition d'une nouvelle arme individuelle le Panzerschreck et le Panzerfaust qui seront utilisés contre les chars dans les rues où ils peuvent rouler.

Un camion et une jeep des Seaforth Highlanders Canadien sont détruits par un tir de mortier, le 23 décembre 1943. L'église à gauche de la photo était utilisée comme quartier général. 

La bagarre devient âpre et sanglante et contrairement à l'attente des Allemands les Canadiens progressent régulièrement dans la ville apprenant vite et ils retournent la tactique allemande contre ceux-ci. Pâté de maisons après pâté de maisons, mais le coût en homme est lourd, très lourd. Avec l'usage des photos aériennes se dessinent un plan de bataille s'appuyant sur des secteurs définis, ou chaque compagnie progresse au même rythme que celle d'à côté. Avec les combats, la configuration du terrain est continuellement modifiée et le recourt aux photos aériennes devient primordial, les plans et photos sont distribués jusqu'au commandant de section afin de facilité l'action.

Le caporal George Netherwood (gauche) et le soldat
Soderberg (droite) dans une rue d'Ortona avec
une mitrailleuse Bren.
Riposte de soldats canadiens aux tirs
allemand.


Soldats de la "1st Canadian Infantry Division" prenant position dans les ruines d'Ortona

Avec le temps les Canadiens commencent à se battre en n'emportant que leur arme, un couteau, six à huit grenades n°36 et trois ou quatre grenades fumigènes n° 77, chaussés d'espadrilles, car celles-ci font moins de bruit que les brodequins réglementaires. Là où le combat se déroule de pièce en pièce, le silence est de mise et l'homme doit être léger. C'est ainsi que s'établissent des règles de combat édictées par le terrain et l'expérience. Une méthode fut très efficace celle d'avancer le long d'une rue avec deux pelotons, chacun s'occupant d'un côté de la rue et progressant à la même vitesse que l'autre se couvrant mutuellement.
Ortona - Ce char Sherman canadien est placé sur un coin de rue prêt à exploser les Allemands tirant d'une maison. Notez le commandant du char entrain d'observer avec des jumelles. La route autour du tank est remplie de douilles d'obus vides.

Le char servant de point d'appui mobile, resté en l'arrière et couvert par l'infanterie, les rues étroites d'Ortona ne facilitent pas le déploiement de ce type de soutien, mais la force de son appui sera d'une utilité incontestable.

La tournante des compagnies dans la prise des pâtés de maisons est évidente, les combattants épuisés par l'effort son relayés par une autre compagnie pour la prise du secteur suivant, tandis qu'eux montent un point de soutien logistique, sécurisent leurs prise et se reposent. C'est au rez-de-chaussée de cette maison qu'était installé le poste de premier secours pour les blessés avant évacuation. La prise d'une maison se fera par le haut vers le bas, étage par étage jusqu'à la cave. Une charge placée sur le toit fait exploser celui-ci, les Allemands penseront que c'est un obus qui est tombé, puis les hommes se glissent dans la maison pour commencer le nettoyage. Cette tactique permettra un gain de temps et de vies énorme, en effet il est plus simple de voir ce qui se passe en regardant vers le bas que l'inverse, les grenades tombent et ne doivent pas être jetées. Avant d'entrer dans une pièce, celle-ci est systématiquement grenadée. Le seul défaut de cette tactique est que la première maison d'un secteur désigné doit être prise de bas en haut, ils n'avaient pas le choix, pour pouvoir ensuite appliquer la méthode décrite plus haut au reste du pâté de maisons. On estime que chaque immeuble devait être gardé par au moins deux hommes afin d'éviter les infiltrations ennemies, cette tâche ne devait pas être confiée à quelqu'un qui avait tiré au fusil mitrailleur dans la journée, celui-ci rendu sourd par les coups ne pouvait assumer ce rôle, ce sont des points de détails, mais qui ont sauvé des vies.

Un commandant de peloton du "Loyal Edmonton Regiment" a décrit les combats à Piazza Municipale:


Nous détenions les maisons marquées A et B sur le schéma. D’ici, nous pouvions observer la piazza municipale et échanger des coups de feux avec des parachutistes allemands dans l'église et l'école et les blocs marqués D et E. L'école face à nous était solide et n'offrait aucune entrée facile. Notre objectif était l'école.




















J'avais un plan qui montrait que les seules entrées de l'école étaient la porte principale face à l'église et une petite porte à l'extrémité. Nous ne pouvions pas traverser la porte principale sans être pris sous le feu meurtrier de l'église et de l'école elle-même. L'allée vers E était un piège mortel, toute sa longueur était balayée par le feu de D et de E. Nos canons antitank avaient creusés un trou assez grand dans le mur d'extrémité de l'école pour qu'un homme puisse s’y glisser. C'était essentiel pour obtenir la supériorité de tirs avant tout mouvement.
 Cela serait délicat; L'ennemi connaissait toutes nos positions probables et dominait  complètement la place.



Nous avons décidé de faire une attaque directe contre l'école, soutenue par des chars, avec de la fumée si nécessaire. Une troupe de trois chars « Three Rivers » a été mise à notre disposition et, entre nous, nous avons élaboré un plan pour faire face aux mitrailleuses ennemies. L'un de nos problèmes était le bloc de décombres qui obstruait l'entrée sur la place entre A et B. Cela a été surmonté par les chars en découvrant un contournement satisfaisant. 

Zero Hour a été réglé pour midi.






















Ruine de l'église San Tommaso,
Ortona, 30 Decembre 1943
















Le premier char a roulé dans la rue jusqu'à la position 1. À une distance de 30 verges, il a explosé le côté de l'école avec son canon de 75 mm. Ce tank est ensuite passé à la position 2, un deuxième tank à la position 3 et un troisième à la position 1. Les tanks en 2 et 3 ont couvert l'église avec une mitrailleuse et un feu de 75 mm, tandis que le tank en position 1 a couvert la rue menant à B. 

La lutte contre les tirs ennemis a été gagnée et mon peloton s’est apprêté à lancer l’assaut. Il y avait tellement de poussière provoquée par les tirs et la chute de la maçonnerie qu’un écran de fumée était inutile et, sans autres préliminaires, la première section traversait la rue, luttait contre les décombres, entra dans l'école et commença à dégager le bâtiment. Les chars ont abattu une partie de la paroi avant de l'église et ont éliminé le poste de mitrailleuse.



Après ce qui a semblé un moment interminable, bien qu'il ne s’agisse probablement pas d'une demi-heure, le responsable de la section a indiqué que tout allait bien. J'ai ordonné à une deuxième section de déménager à la maison C pour contrôler l'arrière de l'école et de traquer la rue vers G. J'espérais, de cette façon, maintenir la supériorité des tirs une fois que les chars se sont retirés.

Avec les autres sections, je me suis dirigé vers l'école. Tout était sous contrôle. Le chef de section avait ses hommes aux fenêtres, et bien qu'il n'eût pas encore fouillé les caves, l'étage principal était clair. Le responsable de la section a déclaré qu'il avait eu peu de difficultés à éliminer les quelques Allemands barricadés dans l'école. La section s'est déplacée rapidement vers l'avant, en utilisant des grenades et des armes à feu, en éliminant chaque pièce à mesure qu'elle avançait. L'ennemi a opposé peu d'opposition et a réussi à évacuer le bâtiment par la sortie arrière, en emmenant la plupart de leurs pertes. Nous avons fouillé les caves avec précaution et n'avons trouvé aucun Allemand. Le soleil commençait à se coucher au moment où l'édifice a été sécurisé et j'ai donc ordonné aux chars, qui manquaient de munitions, de se retirer.

Dans cette action, mon peloton n'a subi qu'une seule victime. Le succès n'a pu être obtenu sans l'aide précieuse des chars ...

Par la prise de la route au nord de la ville véritable cordon de soutien, les Allemands manqueront rapidement de renfort et devront abandonner la ville. Durant huit jours les combats d'Ortona seront durs et meurtriers, mais feront l'objet d'une analyse très fine par les Canadiens et serviront ensuite de formation à l'ensemble des armées alliées.

Le Régiment loyal d'Edmonton a déploré 172 victimes dont 60 mortelles. Les Seaforths ont eu 42 morts et 78 blessés. Les pertes allemandes restent inconnues, mais 100 corps ont été récupérés par les Canadiens après la bataille. Une source indique que 200 Allemands ont été tués au total.


10 commentaires:

  1. Merci pour les p'tits formats et pour cet excellent focus (comme d'hab !) sur cette bataille méconnue. Cette superbe cité médiévale aura considérablement souffert des pluies d'acier et de sang. Merci mon lieutenant !

    Fana-Mili

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    1. J’ai eu du plaisir (façon de parler) à découvrir cette histoire peu méconnue qui a opposé cette unité d’élite les « Fallschirmjäger » et l’armée canadienne…de l’héroïsme des deux côtés avec malheureusement des morts aussi bien militaire que civil et la destruction quasi-totale d’un village.

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    2. On oublie souvent que la campagne d'Italie n'a pas été une partie de plaisir pour les troupes alliées cf Monte Cassino

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  2. Mille mercis à Lulu et Pjp pour cette nouvelle et Vigoreuse fournée !! :4:
    Superbe et très instructive fiche de notre historien bien-aimé :10:

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    1. Je sais que mes histoires sont à des années-lumière de ton dada la planète Mars…mais j’espère que tu apprécies.

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    2. Mars (ou Ares chez les grecs) est le dieu de la Guerre ;)

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  3. Grand merci et pour le document et pour les 3 Vigor.

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  4. Encore une bien belle fiche archi bien documentée ! Bravo !!

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  5. Pour Lulu fan
    http://www.forumpimpf.net/viewtopic.php?f=4&t=39856

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