jeudi 29 mars 2018

X13 - 068 - 397 - 406 - 409

 

X-13 agent secret est une revue de l'éditeur Impéria.
442 numéros d'avril 1960 à juin 1986. Format 13 x 18 cm. 68 pages jusqu'au N° 271, puis 132 pages jusqu'à la fin. 77 recueils.
BD d'espionnage dont le héros est l'agent britannique X-13 durant la seconde guerre mondiale. C'est une bande britannique appelée Spy 13 publiée dans la revue "Thriller Picture Library" dont la version française reprendra plusieurs couvertures dans les premiers numéros, tout en ne respectant pas forcément l'adéquation entre histoire et couverture.
Rino Ferrari réalisera de nombreuses couvertures.



L'assassinat de Reinhard Heydrich

OPÉRATION ANTHROPOID

Journal tchèques annonçant l'arrivée de Heydrich en tant que Reichsprotektor

En septembre 1941, Hitler décide de remplacer von Neurath, jugé trop modéré et incapable de juguler les mouvements de résistance en Bohême et en Moravie, par un homme à poigne, Reinhard Heydrich. Pour le chef du RSHA, cette affectation est une promotion notable. Le bras droit de Himmler voit dans cette nomination la possibilité de démontrer ses capacités d'homme d’État et d'accéder plus directement au premier cercle du pouvoir nazi, tout en se maintenant à la tête du RSHA* au prix de nombreux allers-retours entre Prague et Berlin.
*(Le RSHA ou Reichssicherheitshauptamt ( « Office central de la sécurité du Reich ») était une organisation créée par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler le 22 septembre 1939 par la fusion du SD, de la Gestapo et de la Kriminalpolizei pour neutraliser les « ennemis du Reich » et, en particulier, les « indésirables ».)
Heydrich mène une politique de détente, maniant habilement la carotte et le bâton. Il cherche à obtenir la docilité du monde ouvrier en augmentant les salaires et les rations alimentaires, tout en faisant couler le sang des opposants. Dès les premières semaines de son arrivée, il fait condamner à mort le Premier ministre Alois Eliáš, soupçonné de correspondre secrètement avec le gouvernement de Londres. En deux mois, plusieurs centaines de Tchèques sont condamnés à mort et fusillés. Les déportations des Juifs commencent. Heydrich ne tarde pas à gagner son surnom de « Boucher de Prague ».

À la fin de l'année 1941, une grande partie de l'Europe est sous la botte nazie. Depuis l'arrivée de Heydrich, la plupart des réseaux ont été démantelés ou infiltrés par la Gestapo, et l'activité de la Résistance est au point mort. Les Anglais font pression sur le gouvernement tchécoslovaque en exil pour que la Résistance mène des actions avec plus d’entrain. La restauration de l'État tchécoslovaque ne s'obtiendra pas sans mérite. Edvard Beneš décide alors de mener une action retentissante qui montrerait au monde que les Tchèques sont engagés aux côtés des Alliés. Ainsi germe l'idée d'éliminer Heydrich. Assassiner la « Bête blonde » aurait un impact psychologique et des répercussions énormes.

Jan Kubis                                  Josef Gabcik

Le SOE, en coopération avec l'Armée tchécoslovaque en exil, met sur pied une audacieuse opération commando, baptisée « Anthropoid ». La mission est confiée à un Slovaque, Jozef Gabčík, et à un Morave, Jan Kubiš, deux hommes d'horizons différents, symbole de l'unité d'un peuple. Les deux hommes ont participé à la campagne de France au sein de l'Armée tchécoslovaque en exil. Ils n'ont jamais mis les pieds à Prague, ce qui garantit leur anonymat.



Dans la nuit du 28 décembre 1941, Jozef Gabčík et Jan Kubiš quittent l'Angleterre à bord d'un avion « Halifax » de la RAF. Ils sont accompagnés des groupes « Silver A » (Alfréd Bartoš, Josef Valčík, Jiří Potůček) et « Silver B » (Jan Zemek et Vladimir Škácha). Le groupe « Anthropoid » a pour objectif de sauter au-dessus de Pilsen, ville située à une centaine de kilomètres de Prague, et d'entrer en relation avec les organisations clandestines susceptibles de les aider
Sitôt arrivés à destination, les deux clandestins rencontrent d'importantes difficultés pour entrer en contact avec la Résistance locale. Aux adresses notées, les gens ont été arrêtés, déportés ou fusillés. Après maintes difficultés, le groupe « Anthropoid » réussi à s'installer et se met au travail.
Le commando décide de tendre une embuscade dans le quartier de Libeň. En ce début d'année 1942, Heydrich est « au sommet de sa gloire ». Persuadé d'avoir éradiqué toute forme d'opposition en Bohême, il parcourt la capitale à bord de sa Mercedes noire décapotable, en compagnie de son seul chauffeur.
Le 27 mai 1942, deux cyclistes se présentent au tournant de la rue Holešovičkách. Ils ressemblent en tout point à des ouvriers se rendant à leur travail. Ils s'arrêtent, se promènent, posent leurs bicyclettes en différents endroits.











Gabčík sort un pistolet-mitrailleur « Sten » de sa serviette et le remonte sous son manteau. Kubiš garde deux grenades dans sa serviette. À 10h25, Valčík, dissimulé un peu plus haut, signale, à l'aide d'un petit miroir réfléchissant le soleil, l'approche de la Mercedes du Reichsprotektor.











À l'instant où la voiture ralentit pour aborder le virage, Gabčík se positionne au milieu de la route, rejette son manteau et dirige son arme sur Heydrich qui est assis à côté du chauffeur. Au moment de tirer, sa mitraillette s'enraye. 









Il jette son arme au sol et prend la fuite en direction du nord-ouest. Le Reichsprotektor ordonne d'arrêter la voiture. Erreur fatale. Tandis que Heydrich se lève pour tenter d'abattre Gabčík, Kubiš, dont la présence n'a pas été soupçonnée, entre en action.










Il prend une grenade dans sa serviette et la lance vers la voiture, saute sur sa bicyclette et file vers le sud de la ville.









La bombe explose près de la roue arrière droite. Le souffle de l'explosion soulève la voiture de près d'un mètre et fait voler en éclats les vitres d'un tramway.








Heydrich, descendu à côté de la portière arrachée, pistolet à la main, tente d'appréhender son agresseur. Grièvement blessé, il titube et s'effondre.








La Mercedes de Heydrich après l'attentat. Mal lancée et de faible puissance, la grenade a surtout pour effet de projeter des morceaux de ferraille. En traversant le siège arrière, les éclats ont fait pénétrer dans la plaie des particules du rembourrage constitué de crin de cheval, source d'infection.


Le chauffeur, le SS-Oberscharführer Johannes Klein, se lance à la poursuite de Gabčík. Les deux hommes se livrent à un duel au pistolet. Finalement, le chauffeur SS est blessé d'une balle dans la cuisse et Gabčík parvient à s'échapper. 
Pendant ce temps, Kubiš descend vers la place du quartier Libeň, appuie sa bicyclette devant un magasin et disparaît dans la rue voisine. La famille Novak le recueille et le fait changer de vêtements. Jindriska, leur fille de quatorze ans, va chercher la bicyclette et la cache. Quelques jours plus tard, la famille sera trahie et fusillée.

Touché à la rate, au diaphragme et au poumon, Heydrich est amené en catastrophe à l'hôpital Bulkova dans une camionnette réquisitionnée.









Il est pris en charge par des chirurgiens tchèques, avant que Himmler ne fasse dépêcher sur place les meilleurs spécialistes allemands. On pratique une ablation de la rate. L'opération s'est semble-t-il bien passée. Le Reichsprotektor se remet lentement de ses blessures.
Dans les heures qui suivent l'attentat, la terreur s'installe sur la capitale. La ville est cernée, toutes les issues contrôlées. L'état de siège est proclamé. Les lieux publics sont fermés. Un couvre-feu est instauré de 21 heures à 6 heures. Les murs et les radios sont saturés d'affiches et de messages menaçants. Quiconque quitterait sa maison au cours de la nuit encourt la peine de mort. Dans la soirée, l'état de siège est étendu au pays tout entier. Plus de 4500 hommes issus de toutes les forces disponibles – SS, Gestapo, Kripo – ainsi que la police tchèque se lance dans une chasse à l'homme. Les maisons sont fouillées, de la cave au grenier. Sans succès. Les auteurs de l’attentat se sont volatilisés. En dépit des milliers d'arrestations, l'enquête piétine.

L'état de santé de Reinhard Heydrich s'aggrave brutalement. Le 4 juin, à 4h30 du matin, le SS-Obergruppenführer décède d'une septicémie. Rapatrié à Berlin, son corps a droit à des funérailles nationales.


Face à la mise en échec humiliante des polices nazies, Hitler fulmine. Il exige la terreur et l'exécution de 10 000 Tchèques. Karl Hermann Frank, devenu Reichsprotektor par intérim, fait preuve d'un zèle exemplaire et élabore avec soin un vaste plan de représailles qu'il soumet personnellement à Hitler. Les exécutions de masse commencent. La fureur nazie grandit à mesure que les jours passent. Les Allemands veulent montrer par un bain de sang qu'ils tiennent fermement les rênes du pouvoir. C'est ainsi que le destin d'un petit village à 20 kilomètres de Prague, Lidice, et de ses habitants, se retrouve scellé, suite à la correspondance jugée suspecte de l'un de ses habitants.
Le soir du 9 juin, alors que tous les travailleurs sont rentrés chez eux et que le village s'est endormi, plusieurs unités de SS et de la police arrêtent les habitants. Les hommes sont entassés dans une cave, les femmes et les enfants enfermés dans l'école. Les SS saccagent, pillent, brûlent.

















Les hommes sont abattus, les femmes sont déportées à Ravensbrück, les enfants seront pour la plupart gazés à Chełmno. Quelques-uns seront envoyés dans des Lebensborn et confiés à des familles allemandes.















Une fois vidé de ses habitants, Lidice est entièrement rasé jusqu'au sol et recouvert de terre où le blé est semé. Cette tragédie revêt une portée mondiale et provoque une énorme vague d’indignation. Lidice devient un symbole de la barbarie nazie.



Pendant ce temps, les résistants cherchent en vain le moyen d’exfiltrer les parachutistes. Finalement, Gabčík, Kubiš et les hommes des autres groupes trouvent refuge dans l'église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode. La crypte semble être la cachette la plus sûre tant que la tension ne sera pas retombée. Ils sont rejoints par un officier de carrière, le capitaine Opalka, qui bénéficiait jusqu'alors d'une cache au domicile de la veuve d'un officier fusillé lors de l'installation de Heydrich à Prague et sur les ordres du Reichsprotektor.

Le 13 juin, Heinz Pannwitz, le chef de la commission d'enquête, conscient que le climat de terreur instauré par la SS est contre-productif, abat une dernière carte : sous cinq jours, il promet l'amnistie et une récompense de 20 millions de couronnes pour toute personne donnant des informations permettant la capture du commando. Après avoir passé quelque temps à Kolín, Karel Čurda refait surface à Prague. Il se présente, le 16 juin, au palais Peček, quartier général de la Gestapo, pour dénoncer ses camarades.

  1. Le 18 juin, plus de 700 SS encerclent l'église orthodoxe Saints-Cyrille-et-Méthode. 
  2. Les SS tentent de noyer la crypte dans laquelle se sont réfugiés les parachutistes. 
  3. Les assaillants ont tenté d'atteindre le chœur par un escalier étroit, défendu par Opalka
Le 18 juin, à 2 heures du matin, plus de 700 SS encerclent l'église Saints-Cyrille-et-Méthode. 
Vers 4 heures, de petites unités de SS et de la Gestapo pénètrent dans l'église par le corridor de la cure. 
Les parachutistes ont établi un tour de garde. À ce moment, Opalka et deux de ses hommes, dont Kubiš, occupent la galerie qui surplombe la nef. Les nazis sont pris sous le tir de mitraillettes et doivent se retirer. 
Les échanges de tirs se prolongent pendant plus de deux heures, et plusieurs vagues sont repoussées. Un jet de grenades finit par les neutraliser.




































Vers 7 heures, le silence se rétablit. Les SS sortent de l'église un homme mort et deux blessés graves. Transportés à l'hôpital, ils mourront sans avoir repris connaissance.
Le reste du groupe, avec Gabčík, est retranché en dessous, dans la crypte. En allemand et en tchèques, des haut-parleurs les invitent à se rendre, leur promettant d'être traité comme des prisonniers de guerre.

Les quatre hommes se battent avec l’énergie du désespoir. Par une meurtrière donnant sur la crypte, les SS tentent de les enfumer, puis font venir des pompiers pour les noyer. Mais les parachutistes se servent d'une échelle pour rejeter sur le trottoir les tuyaux des lances à incendie.
Les nazis essaient de percer le mur de l'église, mais le mur résiste. Ils finissent par trouver la grande dalle dissimulant l'accès au sous-sol et la font sauter à la dynamite.

















Par l'escalier, ils envoient de petits groupes de SS en vagues d'assaut.
Entre-temps, les pompiers parviennent à s'emparer de l'échelle et la hissent à l'extérieur. L'eau peut désormais envahir la crypte.

Acculés, les quatre hommes vident leurs derniers chargeurs et se donnent la mort.









Il aura fallu 8 heures et des centaines de SS pour venir à bout de sept hommes. Les SS comptabilisent 14 morts et 21 blessés.


Malgré les pertes engendrées, l'opération « Anthropoid » est un succès. Le 5 août 1942, Edvard Beneš est informé que le gouvernement britannique annule les accords de Munich. Deux mois plus tard, le 29 septembre, Charles de Gaulle, au nom de la France libre, reconnaît la Tchécoslovaquie dans ses frontières d'avant 1938. Après le putsch communiste de 1948, l'acte héroïque des parachutistes est systématiquement passé sous silence, parce qu'il fait la part trop belle aux ennemis politiques de l'ouest. Pendant cinquante ans, les membres du commando seront considérés comme les responsables égoïstes du massacre de milliers d’innocents. Leurs noms seront effacés des livres d’histoire pour ne réapparaître qu’après la « révolution de velours », en 1989. Il faudra attendre le 27 mai 2008 pour voir posée la première pierre d’un monument dédié aux parachutistes, dans le quartier de Libeň.


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8 commentaires:

  1. En voilà une matinée qui commence bien !!! Merci pour la fiche historique (toujours intéressante) et le partage de ces bds !

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  2. Très belle fiche historique qui donne à rêfléchir, notamment sur le sort que l'histoire a , un temps, reservé à ces héros. Une petite question : il est fait mention de Karel Čurdaqui trahit ses camarades...mais je ne vois pas son nom plus haut dans l'histoire comme membre du commando ou de la resistance. Qui était-il ? D'avance merci pour vos précisions.

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    1. Karel Čurda trahit les membres du commando ayant mené l’opération Anthropoid (Jozef Gabčík, Jan Kubiš et Josef Valčík), qui a abouti à la mort du dirigeant nazi Reinhard Heydrich. On ignore encore si la récompense et l'amnistie assortie sont les seules raisons qui ont poussé Čurda à la trahison. En effet, il déclare à la Gestapo qu'il agit pour faire cesser les massacres d'innocents par les SS. Il est aussi possible qu'il ait agi en partie pour protéger sa mère, chez qui il se cachait depuis les attentats. Il reçoit comme récompense de sa trahison dix millions de couronnes et une nouvelle identité, « Karl Jerhot ». Sous ce nom, il épouse une Allemande et devient espion à la solde de la Gestapo. Après la guerre, Čurda est recherché et arrêté par les autorités tchécoslovaques. Reconnu coupable de trahison, Karel Čurda est pendu à Prague le 29 avril 1947.

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  3. Merci pour cette fiche historique passionnante et très bien illustrée, c'est toujours bon de s'instruire et d'enrichir sa culture :-)
    Et merci aussi, bien sûr, pour les épisodes de X-13 !

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  4. Le film "HHhH", qui tire son nom de "Himmlers hirn heißt Heydrich" ("Le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich"), surnom de Heydrich donné par les SS, est sorti le 7 juin 2017. réalisé par le Français Cédric Jimenez.
    Superbe fiche Lulu !!
    Mille mercis pour les nouveaux X-13 :10:

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  5. merci pour cette fiche historique et ces numeros

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  6. Encore et toujours du grand Art ! Merci

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  7. Mille mercis et pour l'excellente fiche et pour ces 4 numéros.

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