vendredi 18 mai 2018

Garry - 024-038-045-063




















 

Garry ou Sergent Garry est une revue de bandes dessinées petit format parue chez l'éditeur Impéria. Parution de Février 1948 à Novembre 1985. Format de parution 13 x18 cm. 456 numéros.



Le Pont De Remagen


Le pont fut érigé durant la Première Guerre mondiale, entre 1916 et 1919, à la demande pressante des généraux allemands dans le but d'approvisionner plus rapidement le front de l'Ouest en hommes et en matériel.


Dès le départ le pont est doté d’un système complet de chambres de mines afin de faciliter sa destruction éventuelle. Survient la défaite de 1918, suivie de l’occupation française .Dès 1919, afin de se préserver de toute surprise, les Français décident de noyer les chambres de mine sous le béton. En 1930, dès le départ des troupes Françaises, les troupes allemandes réinstallent des réceptacles pour les charges de démolition sur l’ouvrage. En 1942, ces réceptacles seront démontés, puis perdus… En 1945, un « commandant de pont » les fera reconstruire par des artisans locaux.


Le pont est alors défendu par des soldats de « second ordre » ; des malades en convalescence, ainsi que par des d’enfants et de vieillards, des « Volkssturm » au moral et aux capacités militaires fort relatives pour ne pas dire strictement nulles. A ce curieux équipage vient s’ajouter des anciens prisonniers russes plus ou moins « ralliés »,autant dire de nouveaux soucis plus qu’autre chose…
L’armement attribué à la défense est assez « hétéroclite » ; des armes polonaises, russes, allemandes et italiennes, bref tout ce qui a pu être « repêché » d’ici ou de là sur l’ensemble des fronts … La dotation en munitions est bien évidemment « à l’avenant »…


Les explosifs arrivent enfin, mais au lieu du TNT promis, il faudra se contenter d’explosif de carrière, qui plus est en quantité nettement insuffisante…



Un petit miracle se produit ; une minuscule troupe de parachutistes en retraite n’a pas les papiers nécessaires pour franchir le pont ; ils sont  immédiatement réquisitionnés, léger appoint, mais la situation est globalement inchangée …

  • Puis soudain, un miracle ; un major se présente à l’entrée du pont, s’en suit un, quiproquo tragi-comique : le « commandant du pont » s’attendait à voir un major avec 2000 hommes, il a en face de lui un homme seul sans aucun véhicule et non rasé …le doute se fait … mais non, c’est bien lui le nouveau « commandant du pont » ….
  • Major Hans Scheller: Major "des LXVIII Heeres Gruppe" et dernier commandant du "Pont Ludendorff  à Remagen". Né à Cologne en 1913, fusillé à Birnbach le 14.03.1945 par les SS.


La situation devient critique sur la rive gauche, et des soldats pourtant réquisitionnés profitent d’un moment d’inattention pour franchir le fleuve et disparaître. Il n’y a plus d’autorité sur la rive gauche, et le « commandant du pont » décide de passer sur la rive droite, un seul objectif, maintenir le pont « ouvert » le plus longtemps possible …


Dans les premières heures de la matinée du 7 mars 1945, le brigadier-général Thomas L. Harrold, à la tête du Combat Command B, ordonne donc au lieutenant-colonel Leonard E. Engeman, commandant du 14ème Bataillon de chars, de constituer une Task Force pour s'emparer de l'ouvrage. 
Cette Task Force consiste en un peloton du 89ème Escadron de reconnaissance, avec quelques M8 Greyhound, de la Compagnie A du 27ème Bataillon d'infanterie blindée, équipé de M3 Half-Track et commandé par le major Murray Deevers, d'un peloton de la compagnie B du 9ème Bataillon du génie blindé, dirigé par le lieutenant Hugh Mott, et enfin des trois compagnies du 14ème Bataillon de chars, commandés respectivement par les lieutenants Karl H. Timmermann, Jack Liedke et William E. McMaster.

  • Timmermann, qui est lui-même d'origine allemande, est né à Frankfurt-sur-le-Main en 1922, à 160km au sud-est de Remagen, et a immigré aux Etats-Unis en 1924. A 22 ans, il a été promu la veille, le 6 mars, au commandement de la Compagnie Able du 14ème Bataillon de chars. 
  • Cette unité est le fer de lance de la Task Force Engeman chargée de s'emparer de l'ouvrage, laquelle compte des M4 Sherman et 4 nouveaux chars lourds M26 Pershing, dont elle va tirer grandement profit.




Répartis en colonnes sur trois axes différents de progression, les hommes de Timmermann profitent du chaos provoqué par leur arrivée pour traverser la ville de Remagen, pratiquement sans opposition exceptés quelques foyers de résistance ici et là, la grande majorité des Jeunesses Hitleriennes et les vieillards de la Volksturm stationnés dans la ville ayant fuit en franchissant le pont au cours des jours précédents.



Les Américains sont davantage gênés par les manœuvres des chars dans les petites rues étroites, que par la résistance ennemie elle-même, et perdent du temps pour arriver jusqu'à l'ouvrage.
Dans les premières heures de la matinée du 7 mars 1945, les véhicules de la Compagnie A du 14ème Bataillon de chars, commandée par Karl H. Timmermann, débouchent de la forêt sur une hauteur surplombant la ville de Remagen.


Les Américains sont sidérés par ce qu'ils contemplent: la vue sur le pont Ludendorff intact est spectaculaire.


A 15h, un des trois pelotons de Timmermann, commandé par le sous-lieutenant Emmett James "Jim" Burrows, et les quatre Pershing arrivent aux pieds des deux grandes tours qui gardent l'entrée du pont. 

Une chose est certaine pour tous, le pont va sauter, le pont doit sauter, il n’est pas possible qu’il en soit autrement …les Allemands décident de le faire sauter. Mise à feu électrique…rien…Mise à feu manuelle, la charge de secours explose … Le pont est enveloppé de fumée et le tablier se soulève, tout le monde est content ; les Allemands parce qu’il a sauté, les Américains parce qu’il ne faudra plus le traverser …
Mais une fois la fumée de l'explosion dissipée et la poussière retombée, le pont est toujours là, apparemment sans dommages sérieux apparents, excepté l'énorme trou dans le plancher au niveau du pilier nord. 
A 15h30, Timmermann ordonne l'assaut. Les Américains s’élancent sur le pont la peur au ventre, ils sont tous persuadés qu’une deuxième charge va exploser à leur passage, mais rien ne se produit.

Un énorme cratère sur le chemin bloque l’entrée du pont aux véhicules.


Les soldats doivent traverser l'ouvrage à pieds en courant, en s'abritant derrière ses structures métalliques, et rejoindre très vite la rive opposée du fleuve...

...sous les tirs de mitrailleuses ennemies placées sur une barge au voisinage du pont et dans les tours de garde.


















Tandis que des civils allemands disparaissent dans le tunnel et que les GIs traversent le pont, en éliminant les postes de mitrailleuses ennemies dans les tours...

 ...trois artificiers du 9ème Bataillon du génie, le lieutenant Hugh Mott lui-même, les sergents John Reynolds et Eugene Dorland, profitent de la confusion et parviennent à couper les fils du second détonateur qui n'a pas fonctionné et des petites charges placées sur toute la longueur sous le plancher du pont. 
Le sergent Alexander A. Drabik, du peloton Burrows, est le premier soldat américain à poser les pieds sur la rive opposée du Rhin, après avoir parcouru au pas de charge les 117 mètres de l'ouvrage. Il est également le premier militaire étranger à franchir le fleuve mythique depuis les guerres napoléoniennes.

Le pont est pris ! ! ! ! Pour combien de temps ? A tout moment les maigres effectifs engagés peuvent être anéantis …
S’en suit une discussion administrative du côté allemand, pour savoir qui est responsable du pont et donc pour savoir qui aura l’honneur de la contre-attaque… Peu de volontaires… 

Le moral des troupes est proche de zéro… Les armes et les munitions font défaut … 


Le major néanmoins, conformément à l’ordre du Führer du 25 novembre 44 demande si quelqu’un décide d’assurer le commandement


….Aucun volontaire ne se présente, des civils arborent le drapeau blanc, c’est la fin.

Les Américains n’en reviennent pas, le pont est pris, et sans perte…

Il faut maintenant de toute urgence consolider la tête de pont, par de l’artillerie et des chars sur la rive gauche, et par de l’infanterie sur la rive droite. D’un côté comme de l’autre, tout le monde a compris que tout va se jouer dans les heures qui viennent, et la course contre la montre est déclenchée …
Du côté américain aucun problème le matériel, les hommes et le moral ne font pas défaut. Du côté allemand, rien ne va ; pas de matériel, pas d’homme, pas de munitions, pas d’essence, et surtout pas d’ordre…
Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans cette atmosphère de fin du monde, le « commandant du pont » parvient à mettre la main sur 16 chars entièrement équipés et approvisionnés d’une unité d’élite; la 106°Panzerbrigade Felderenhallee.
























Tout est de nouveau possible … Mais non, rien ne sera possible ; le commandant d’unité prend contact avec le GQG. d’Hitler, lui explique clairement la gravité de la situation, l’urgence de la situation, et l’ineptie totale de la mission qui lui a été dévolue (engager ses chars lourds dans des combats de rue à Bonn), rien n’y fait ça mission est et restera d’aller à Bonn…

 Le sort du pont est scellé … Le sort de ses défenseurs aussi, ils seront fusillés pour désertion …

Du côté américain par contre on improvise au mieux ; on fait traverser le pont à l’infanterie et aux chars en les guidant avec des rubans blancs.



















La traversée n’est pas sans problème ; sur la rive gauche un important cratère de destruction gène la progression, sur la rive droite, il faut slalomer entre les obstacles et entre les deux, le pont« tient », mais est loin d’être «intact » : un char vacille d’ailleurs au travers du tablier et reste suspendu au-dessus du vide. On décide donc de l’extraire, trois heures d’effort, mais l’obstacle est levé.
La tête de pont s’équipe ; artillerie, DCA, appareils fumigènes, etc… Les premières réactions allemandes « sérieuses » surviennent le lendemain en fin de journée ; attaque d’artillerie et de quelques Stukas.

Les Allemands acheminent des centaines de pièces d’artillerie. 

Du 8 au 9 mars, ils tirent près de 3000 projectiles sur la tête de pont. 
Ils font venir une de leur plus grosse pièce d’artillerie : le super mortier Karl et son canon de 540mm. Ils tirent 11 projectiles qui manquent tous le pont et puis tombe en panne. 

Les Allemands tirent aussi aux lance-roquettes multiples sur les troupes qui s’amassent pour traverser le pont.   



































































Les Américains concentrent le maximum de défense antiaérienne possible autour du pont, ils amassent une artillerie considérable sur la rive gauche pour bloquer toute contre-attaque allemande, et immergent des filets anti-sous-marins loin en amont de celui-ci, précaution non superflue car les piles du pont seront effectivement attaquées par un commando de plongeurs SS équipés d’une charge explosive flottante longue de 8 m.

C’est une course à l’armement. Les alliés affectent 5 bataillons à la défense de la tête de pont de Remagen. 
672 canons AA sont positionnés autour du Ludendorff.



Parallèlement, ils s’efforcent de construire deux ponts en aval de l’ouvrage ;un « pont fixe » et un « pont de bateaux »,ainsi qu’une passerelle légère pour fantassins . La Luftwaffe intervient avec énergie et détermination des appareils de tout type sont employés, du vieux Stuka, au Messerschmitt 262 à réaction.

Le premier raid de la Luftwaffe survient à 16h45 le 8 mars : trois JU87 et un Focke-Wulf  190  ouvrent le bal des attaques aériennes qui vont se succéder pendant les 2 jours suivants. 

 Résultats nuls (une bombe a touché un des piliers du pont mais n’a pas explosé), et pertes énormes (sur 350 appareils engagés, 104 furent abattus…).
Fou de rage suite à la perte du pont, Hitler décide la création d’une « cour martiale volante »pour juger tous les « coupables »…

On ne fera pas dans le détail ;le commandant du pont et le commandant en second seront fusillés pour ne pas avoir détruit le pont à temps, et pour ne pas avoir déclenché de contre-attaque immédiate . Deux officiers subalternes coupables de ne pas avoir déclenché de contre-attaque de leur propre initiative seront aussi fusillés.


Brusquement, le 17 mars à 15 heure, deux bruits d’explosions se font entendre ; le pont vient de céder, et le bruit entendu par tous n’est autre que la formidable tension des poutrelles qui viennent d’un seul coup de se libérer de leurs contraintes. 
Le pont entraîne dans sa chute une vingtaine d’hommes et fera également une cinquantaine de blessés 

Que s’est-il passé ? Rien ; le pont usé jusqu’à la corde par le trafic incessant des véhicules lourds, fragilisé par les explosions, et soumis aux vibrations permanentes de l’artillerie  antiaérienne du voisinage a rendu l’âme.

Le pont détruit, les plongeurs SS ne désarment pas ; ils attaqueront les ponts du génie .Mais l’approche s’avère impossible ; le Rhin est illuminé par de puissants projecteurs, La présence des débris du pont et de filets sous-marins gène sérieusement la progression. Pour couronner le tout, les Américains déclenchent de façon sporadique et intense des tirs « à l’estime » à la surface du fleuve …
Ce sont ces tirs « aveugles » qui finalement rendront la tâche impossible au commando ; sur ce groupe de 7 plongeurs, 5 seront faits prisonniers, 1 parviendra à rejoindre ses lignes, et le dernier fut porté « disparu ».

Entre le 7 mars et le jour de l'effondrement du pont, le 17 mars 1945, les Alliés ont pu faire passer 18 bataillons de l'autre côté du fleuve.

Le lieutenant Karl H. Timmermann ainsi que 12 autres soldats se virent remettre la Distinguished Service Cross.



Le pont ne fut pas reconstruit après guerre.

Les deux piliers qui soutenaient le pont furent détruits en 1976 car ils gênaient la circulation des bateaux sur le fleuve.

Un musée de la paix se trouve depuis le 7 mars 1980 à l'intérieur des tours situées sur la rive du côté de Remagen. 

L'initiateur de ce musée était l'ancien maire de la ville, M. Hans Peter Kürten, qui vendit pour la première fois le 7 mars 1978 des pierres du pont en tant que souvenirs. Cette action connut un écho important et c'est avec les recettes de la vente de ces pierres et de nombreuses photos d'époque qu'il est parvenu à rassembler les fonds nécessaires à l'aménagement du musée.

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3 commentaires:

  1. Pas pacifique pour un sou (pont), Kamarad Lulu !! :70:
    Superbe fiche et très bon film :10:
    Mille mercis !!

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  2. C'est un homme doux et pacifique qui te dit merci pour tes commentaires. Signé Feldwebel lulu

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  3. Merci pour ces 4 nouveaux numéros

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